Il fait nuit noire, la salle des fêtes de Ville-sur-Yron est comble. En plein cœur du Festival Caméras des Champs, c’est la projection en soirée d’un film hors compétition. La lumière vient juste d’être rallumée et personne n’ose encore parler. Luc Delmas, directeur du festival prend le micro pour dire quelques mots et lancer la discussion. Petit à petit les langues se délient. Dans la salle, le public est bigarré : habitants du village et des environs côtoient réalisateurs, mordus du documentaire, universitaires, agriculteurs locaux… Les uns commentent le fond, d’autres la forme. Les avis se confrontent et s’affrontent, dans le respect de l’expression de chacun.

 

Que le film traite de la vie d’un village d’aujourd’hui, du portrait d’un agriculteur, des OGM ou de l’industrie alimentaire, du parcours d’un jeune en formation ou du retour de l’épicier, c’est l’occasion pour chacun de comprendre, de réfléchir, de s’exprimer. Depuis maintenant onze ans, le festival associe une compétition documentaire à des débats, un atelier de lecture à l’image, des conférences, une programmation scolaire et des projections en soirées. C’est une occasion de rencontres et d’ouverture sur un monde rural multiple, loin des clichés passéistes et des images toutes faites du repli sur soi, loin aussi des cartes postales d’un monde idyllique.

 

C’est le reflet d’une ruralité vivante en prise aux mutations, aux dures lois du marché, aux nouveaux rapports ville campagne, au changement climatique… Avec son lot de doutes, de transformations sociales, de luttes, de découragements, d’utopies constructives et de poésie. Ce sont trois jours de projections pour donner à découvrir, à réfléchir et à débattre. C’est aussi l’opportunité de se demander quelle société construire.

 

Plus d’une centaine de films

 

Chaque année, le comité de sélection du festival reçoit plus d’une centaine de films.

 

« Les documentaristes sont en résonance avec le temps », observe Luc Delmas.

 

Aucune thématique n’est définie à l’avance, les sujets de chaque édition se révèlent à partir de la sélection. « Nous avons reçu pendant plusieurs années des films d’alerte sur des sujets comme les OGM ou la vache folle… aujourd’hui, les films ne renient pas le diagnostic, mais montrent que d’autres voies sont possibles notamment à travers des expériences locales. »

 

Au fil des éditions, la sélection compte de moins en moins de films amateurs et de plus en plus de productions étrangères. Les documentaires passéistes qui n’ont comme point de vue que la nostalgie sont écartés. « Le passé n’est pas une valeur refuge », insiste Luc Delmas. Le Foyer rural de Ville-sur-Yron porte la manifestation, le Parc naturel régional de Lorraine en assure la coordination générale et en a d’ailleurs fait l’un de ses pôles culturels. « Je joue le rôle de chef d’orchestre », explique modestement Sandrine Close, chargée de mission culture au PNR, très impliquée sur le festival depuis sa création. La Drac, la Région Lorraine et le département de Meurthe-et-Moselle apportent un soutien financier, des conventions avec l’université de Metz, l’Inra et la chambre d’Agriculture complètent le partenariat pour du prêt de matériel, l’organisation de conférences…

 

 

Mais Caméras des Champs, c’est surtout un esprit et une ambiance conviviale assurée grâce aux bénévoles et aux habitants du village et des alentours. La restauration est préparée par des producteurs locaux, les réalisateurs et les membres du jury sont hébergés chez l’habitant. Marie-Jo Maire se charge d’assurer leur accueil, Jean-Pierre, son mari, expert comptable, donne un coup de main sur le budget. « Le festival nous a permis de rencontrer du monde et de nous intégrer au village », explique Marie-Jo. Venue de la région parisienne en 1989, la famille Maire a restauré l’ancien moulin du village et Jean-Pierre y a installé son cabinet d’expertise comptable. « J’ai tissé de vrais liens d’amitié et du point de vue intellectuel, participer au festival est très enrichissant. On discute et on échange des points de vue », ajoute Marie-Jo.

 

Un écovillage pour découvrir le patrimoine local

 

La culture du bénévolat est ancienne à Ville-sur-Yron. Il y a quelques décennies, avant la naissance du festival, le Trimazo, grande fête du renouveau au printemps mobilisait tout le village et drainait plusieurs milliers de visiteurs autour de groupes folkloriques et d’un marché artisanal. Le foyer rural en était également l’organisateur.

 

Caméras des Champs a pris le relais de cette fête et le foyer continue à animer un groupe folklorique. Il organise également des activités cuisine, des stages pour les enfants pendant les vacances, des après-midi récréatifs durant l’hiver, un club de gymnastique, de step, d’arts martiaux… Il fête la Saint-Nicolas, la galette des rois, le Carnaval et la Saint-Jean… « C’est un village vivant », souligne Jacques Schwartz, le maire.

 

Ville-sur-Yron veille aussi à conserver son identité et son cachet et se qualifie d’écovillage. Avec le Parc de Lorraine, la municipalité a conçu un itinéraire promenade qui permet de découvrir l’architecture villageoise, l’habitat lorrain, les matériaux, l’histoire à travers l’espace et les lieux symboliques que sont l’église, la mairie, le pont, le moulin, le château, les maisons paysannes… La commune est composée de deux entités limitrophes : Ville-sur-Yron, où les maisons sont organisées « en tas » le long de rues et ruelles sinueuses et Ville-aux-Prés, « le village rue » avec ses usoirs. Un chemin de neuf kilomètres, formant deux boucles de petite randonnée permet de découvrir les paysages, les productions agricoles, les différents milieux naturels et les traces du passé. Des bornes offrent des points de lecture réguliers. Bientôt un nouveau sentier permettra de découvrir la forêt et ses usages.

 

Le village est en outre sur le tracé nord d’un chemin de grande randonnée de pays qui relie Metz au lac de la Madine. La création et l’entretien des espaces verts du village sont assurés par une jeune employée communale. Diplômée d’un BTS, Estelle Gérard utilise plantes locales, vivaces et aménagements naturels en phase avec le patrimoine.

 

L’urbanisme maîtrisé

 

Les réseaux de téléphone et d’électricité sont enfouis, un nuancier établi avec le CAUE de Meurthe-et-Moselle définit la gamme de couleurs autorisées pour les façades, les huisseries et les ferronneries. Un nouveau plan local d’urbanisme fixe les nouvelles zones constructibles, essentiellement dans le prolongement du village rue, pour en conserver l’identité. Il vise à préserver le bâti ancien, à intégrer au mieux les constructions nouvelles et à permettre un développement durable. « Le PLU autorise par exemple les panneaux solaires, précise le maire. Trente nouvelles maisons pourraient être construites dans les 10 à 15 ans à venir. Nous avons opté pour un développement maîtrisé. »

 

L’avenir pourrait aussi rimer avec l’image. Le succès de Caméras des Champs incite ses chevilles ouvrières à imaginer la création d’une maison de l’image, lieu d’accueil et d’hébergement autour du documentaire, doté d’une salle de projection… Un vrai projet de développement pour le village avec des activités tout au long de l’année.

 

En pratique
École primaire, collège et lycée à Jarny (6 km)
Restaurant La Toque Lorraine – très bonne table où tout est fait maison
Cabinet d’expertise comptable
Menuiserie
Taxi
Artisan maçon
7 exploitations agricoles

 

 

 

Contacts

Mairie de Ville-sur-Yron :
Tél. : 03 82 33 91 70.

Luc Delmas, directeur du festival :
Tél. : 03 82 33 93 16.
Courriel : Luc.delmas@free.fr

Sandrine Close, chargée de mission culture au PNR de Lorraine :
Tél. : 03 83 84 25 21.
Courriel : sandrine.close@pnr-lorraine.com

 

 

 

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