Ma mère habite à la campagne, une campagne isolée. 
Quand j’étais môme, le facteur venait chaque jour déposer le courrier et le quotidien régional sur la table de la cuisine. Si mes parents étaient en pause, entre traite des vaches et soins aux lapins, un brin de causette s’installait autour d’un café. Pendant cinq minutes on parlait de tout et de rien, de la pluie et du beau temps, on se donnait des nouvelles des gens du coin. 
Une présence rassurante quand on est à cinq kilomètres du premier commerce. 
Un jour, pour faire gagner du temps au facteur, la Poste a demandé à mes parents d’installer une boite aux lettres homologuée à 50 m de la maison, si bien qu’on apercevait juste la voiture jaune faire au loin un rapide demi tour. 
Un de mes amis de jeunesse était facteur. Il avait choisi ce métier pour exercer à la campagne, là où il y a un lien social fort avec les gens qui travaillent aux champs ou des personnes âgées qui sortent peu. Pour partager des sourires, des confidences, voire des blagues potaches. Pour se sentir utile, attendu. La lettre n’était qu’un prétexte. Aujourd’hui, il est receveur : avoir de moins en moins de temps pour déposer des enveloppes dans les boites aux lettres ne l’intéressait plus. 
Mais désormais, La Poste a su retrouver l’idée sous couvert de sa participation au maintien à domicile des personnes âgées. Et si le facteur reprenait l’habitude de discuter avec votre mère, votre grand mère, juste pour voir si tout va bien, parler de tout et de rien, du temps qu’il fait ? Mais en 2017, on ne fait pas cela pour rien. Une visite hebdomadaire c’est 19,90 € par mois et six, pas moins de 139,90 € ! Ce qui, il y a peu, était l’essence du métier devient un service marchand. Bientôt peut-être, faudra t-il payer la baguette 10 centimes de plus pour avoir droit à un mot gentil de la boulangère ? Ah non, peut être pas, car quand on est commerçant on sait qu’une partie du succès et de la survie de son entreprise à la campagne tient au sourire, à la qualité de la relation à l’autre. Alors que dans une entreprise publique, pour être aimable et attentionné,  il y a un supplément. Vraiment, je n’aimerais pas être facteur et que l’on vende aujourd’hui ce qui faisait hier la beauté gracieuse de mon métier. 
Triste évolution.

Saint-Paul, le 20 octobre 2017

Titre d’une chanson de Bourvil : « Dans chaque village, on connaît l'facteur / C'est un personnage qu'on porte dans son cœur (…)
Tiens ! voilà l'facteur, Il apporte le journal, Et son bonjour matinal (….) 
Et lorsque vous restez quelques jours sans courrier / Chez vous quand même il vient pour vous dire aujourd'hui y'a rien »

 

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