La « famille Zéro Déchet », voilà comment on surnomme dorénavant Jérémie Pichon, Bénédicte Moret et leurs deux enfants de 6 et 8 ans dans leur village de la côte landaise. Et quand on vient prendre l’apéro chez la « famille Zéro Déchet », on sait pertinemment qu’il n’y aura pas de chips. Et pour cause, leur emballage n’est pas recyclable et ils ne sont pas disponibles en vrac. Depuis 2014, le couple et ses enfants mènent en effet l’offensive contre leurs déchets ménagers. S’ils faisaient partie de ces bons élèves qui trient leurs déchets, utilisent un composteur et privilégient les circuits courts, ils continuaient pourtant à sortir leur poubelle de 30 litres tous les trois jours. « Comment pouvons-nous continuer à produire autant de déchets ? » se sont-ils interrogés. La réponse, ils l’ont trouvée sous forme de défi, en se donnant un an pour arriver au 0 déchet ou presque. 

Photos : ellephotography.fr

Première étape : un examen attentif du contenu de la poubelle pour comprendre quels étaient ces détritus qui leur résistaient. « Nous produisons en France 390 kg de déchets par an et par habitant, un chiffre qui a encore augmenté depuis les années 2000, alors qu’il y a des solutions pour tout », enrage Jérémie. Des solutions qu’ils ont trouvées en cherchant autour d’eux et sur Internet et qu’ils partagent à leur tour, avec leur blog et depuis mars dans un ouvrage qui s’est vendu à 30 000 exemplaires à ce jour.

Quels résultats !

Au bout d’un an, ils sont passés d’une poubelle de 30 litres tous les 3 jours et un bac de déchets recyclables de 30 litres par semaine à un gros compost, une poubelle de 15 à 20 litres par mois et un bac de déchets recyclables de 30 litres par mois. Soit une réduction de 91 % de leurs déchets. « Ce sont les derniers 10 % qui sont les plus difficiles à éviter, juge Jérémie. Ils impliquent de refuser un système qui nous coûte cher et hypothèque l'avenir de nos enfants. Refuser est le début du changement. » Un choix de société en quelque sorte. Après deux ans, ils ne sortent plus leur poubelle que tous les six mois.

Être prêt à changer ses habitudes

Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. « Si je ne veux pas de ce déchet dans ma poubelle, je ne l’achète pas. » À éviter en priorité donc les non-recyclables comme le film étirable ou le papier aluminium qui en plus s’avèrent dangereux pour la santé, les lingettes et couches, les pots de yaourt ou les sachets plastiques. 
• En réduisant sa consommation et le gaspillage alimentaire.
• En réutilisant ce que l’on possède et en le réparant.
• En recyclant : si un contenant n’a pas pu être évité, compostons-le ou trions-le. 
Mais le recyclage doit demeurer un dernier recours car il reste énergivore. Le zéro déchet est aussi un mode de vie durable qui s’applique quand on part en 
vacances, lorsqu’on reçoit des amis, ou qu’on fête Noël avec les enfants. Mutualiser plutôt que posséder, prêter et emprunter, réparer plutôt que jeter, acheter d’occasion ou faire soi-même sont les bases de cette nouvelle façon de consommer. Le couple, lui, s’est investi dans une démarche minimaliste en se « libérant » du superflu et de l’inutile. Ils ont même remplacé leur maison de 140 m2 par un mobile-home de 35 m2.

 

L’hygiène de la maison

Il s’agit là quasiment de bon sens et nos grands-mères en étaient bien dotées. « On peut en effet se passer de l’ensemble des produits ménagers industriels que l’on nous vend », soutient Jérémie.
Pour constituer sa droguerie Zéro Déchet, il suffit de bicarbonate de soude, de savon noir, de vinaigre blanc et de savon de Marseille, auxquels on ajoutera des huiles essentielles. 
Le bicarbonate de soude est anticalcaire, adoucissant, fongicide et dégraissant et il neutralise les odeurs. On peut aussi l’utiliser en cuisine comme levure pour les gâteaux et comme antiacide.
Le savoir noir est dégraissant et détachant, antibactérien et répulsif contre les pucerons dans le jardin.
Le vinaigre blanc est dédié à l’entretien de la maison. Attention toutefois à ne jamais le mélanger avec de la javel.
Le savon de Marseille mélangé à du savon noir sert à fabriquer du liquide vaisselle. Il est en effet tout à fait possible de fabriquer son propre liquide vaisselle, sa poudre pour le lave-vaisselle ou sa lessive, un moyen d’économiser 
environ la moitié du budget destiné aux produits ménagers. 
De multiples recettes existent sur Internet. La famille Zéro Déchet dévoile les siennes dans son guide.

Recette de la lessive

Pour 1 litre de lessive, mélangez 1 litre d’eau, 1 c. à soupe rase de cristaux de soude, 20 g de savon de Marseille en paillettes et 20 g de savon noir liquide. 
Portez à ébullition. Ajoutez quelques gouttes d’huile essentielle (menthe, citron, lavande) sur la préparation tiédie et versez-la dans des récipients (vieilles bouteilles de lessive par exemple). Secouez avant chaque utilisation et versez l’équivalent d’un verre à moutarde directement sur le linge.

 

L’Hygiène du corps et les cosmétiques 

Les cosmétiques vendus dans le commerce peuvent contenir des substances potentiellement dangereuses pour la santé. D’où l’intérêt, là encore, de les préparer soi-même.
« Les produits de soins zéro déchet font du bien à la peau et au moral et respectent la planète et la santé », assurent Jérémie et Bénédicte. Si la cosmétique bio représente une alternative intéressante pour la santé, elle ne l’est pas forcément pour diminuer ses déchets. On peut déjà commencer par trier ses produits (de quoi ai-je vraiment besoin ?) et remplacer les produits industriels non recyclables comme les rasoirs jetables, avant d’aller plus loin. « Comme l’idée n’est pas de se compliquer la vie, ça doit rester un plaisir. »
Gel d’aloe vera, miel, cire d’abeille, bicarbonate de soude et argile blanche sont les ingrédients de base pour préparer ses cosmétiques, à mélanger avec des huiles essentielles et des huiles végétales. On créera son propre rouge à lèvres en mélangeant de l’huile végétale, de la cire d’abeille, de l’huile essentielle de petit grain ou romarin avec des épices de la couleur souhaitée. Attention toutefois à choisir des matières premières éco labellisées bio.

Recette du dentifrice

1 c. à soupe de bicarbonate, 3 c. à soupe d’argile blanche et 5 gouttes d’huile essentielle de menthe ou citron. 
Mélangez afin d’obtenir une poudre homogène. Mouillez la brosse à dents avant de la tremper dans la poudre.

 

Le compostage

Il permet à lui seul de réduire d’un tiers sa poubelle grâce à un processus naturel dû au travail de millions de micro-organismes, bactéries, champignons et de macro-organismes comme les lombrics. On peut fabriquer soi-même avec du bois de récup son composteur de jardin. En appartement, on privilégiera le lombricompostage. Pour les habitats collectifs, la solution passe par les collectivités locales pour disposer de composteurs en bas d’immeubles. 
Quelques sites pour se lancer : 
- lombricomposter.over-blog.com 
- verslaterre.fr plus2verts.fr 
- compostage.info
Voir aussi notre reportage Mon Compost d’intérieur sans odeur ! paru dans le Village n° 124 : 
http://www.village.tm.fr/mon-compost-dinterieur-sans-odeur

 

Les courses

Pour éviter le plus possible les emballages, mieux vaut privilégier le frais, le vrac, la coupe et les contenants recyclables.
Première étape : s’équiper pour remplacer sacs plastiques ou emballages papier. On choisira alors des contenants réutilisables et recyclables comme les Tupperware en verre pour acheter le fromage ou la viande à la coupe, des bocaux pour stocker le vrac et des sacs en tissus (que l’on peut confectionner soi-même) pour transporter fruits, légumes et pain. Enfin, un gros contenant doit être destiné à tout ce qui est volumineux. La cagette peut aussi s’avérer une bonne alternative. Pour faire face à toute éventualité, mieux vaut en laisser systématiquement quelques exemplaires dans la voiture. 
Deuxième étape : privilégier les commerces locaux, les marchés et les circuits courts (Amap, Ruche qui dit oui, magasins de producteurs…). Une majorité des achats effectués en supermarché n’est en effet pas recyclable, d’où la nécessité de s’orienter vers d’autres réseaux de distribution. On trouve aujourd’hui du vrac dans de nombreuses boutiques, réseaux bio ou épiceries qui optent pour le sans emballage. Elles sont répertoriées sur les applis Bulk et consovrac.com. Ce qui permet d’y acheter légumes et fruits secs, céréales, thé, café, liquides… Quand on utilise ses propres emballages, il est important de mettre la balance à zéro avant et après la pesée, c’est ce qu’on appelle la tare. 
Pour la coupe, il ne faut pas hésiter à demander à son commerçant, fromager, boucher, poissonnier à être servi directement dans le récipient en verre que l’on aura apporté. Il existe aussi des possibilités pour se faire livrer des cagettes de fruits et légumes à domicile, tout comme du poisson issu de pêche responsable (monpoisson.fr).

 

La cuisine 

 

« Le Zéro Déchet vous remet aux fourneaux. Vu que tout est frais, il faut cuisiner ! » Jérémie et Bénédicte évaluent à 30 à 45 minutes chaque soir le temps nécessaire à la préparation des repas et deux heures le week-end pour prendre de l’avance. Une manière de retrouver ses classiques avec des produits du marché qui ont du goût. Quelques trucs pour gagner du temps : 
- Cuisinez pour plusieurs repas à venir et congelez.
- Prévoyez votre semaine de menus, ce qui facilite la tâche pour les courses.
- Cuisinez plusieurs plats en même temps et trouvez des recettes pour accommoder les restes. 
- Évitez la vaisselle jetable lors des anniversaires des enfants ou apéros entre amis : elle n’est pas recyclable (5 kg par an et par habitant). On peut aussi préparer soi-même ses yaourts et remplacer les sachets non recyclables des Pom'potes du goûter par des desserts maison.

Question déconomie

Les emballages et le marketing représentent de 15 à 40 % du prix des produits. « En repensant ses achats, on réduit de près de 50 % son budget courses sur les postes alimentation, hygiène-soin », insiste Jérémie. Un argument de poids.

Ce qu'il faut savoir sur les déchets

99 % des ressources prélevées dans la nature deviennent des déchets en moins de 42 jours (d’après Walter Stahel directeur de l’Institut de la durée). 
En France chaque habitant produit 390 kg d’ordures ménagères par an, 590 kg avec les déchets et objets déposés en déchetterie. Sans compter les déchets cachés, ceux générés par la fabrication même de l’article. Ainsi, une brosse à dents représente 1,5 kg de déchets cachés, un ordinateur 1 500 kg.

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