OBSERVER DANS DE BONNES CONDITIONS

Avant de sortir, familiarisez-vous avec la silhouette et le mode de migration de l’oiseau recherché. Prévoyez une tenue se fondant dans le paysage et une paire de jumelles (grossissement 7 ou 8, diamètre d’objectif de 40, pour une observation lumineuse et nette). Carnet et crayon sont de rigueur, pour tout consigner : date, heure, oiseau, nombre, direction du vol, météo. Sur place, silence à l’arrivée des migrateurs. S’ils se posent, placez-vous à distance et vent de face pour éviter de les faire fuir. Le conseil de Madeleine pour compter les migrateurs en bande : « Jusqu’à 50, on compte les oiseaux groupés un par un aux jumelles. Au-delà, on repère un paquet de 10, puis on reporte le volume autant de fois que nécessaire. S’ils sont plus de mille, on reporte des paquets de 100. Avec l’expérience, les comptages s’affinent, sont plus précis ! ».

Si certains insectes (des libellules, punaises, papillons…), mammifères (gnous, baleines, chauves-souris…) et poissons migrent, les oiseaux restent les voyageurs au long cours par excellence : 80 % d’entre eux mettent les voiles chaque année pour des parcours qui dépassent souvent plusieurs milliers de kilomètres.

Les migrateurs, vus par Le Cil Vert

Pourquoi migrent-ils ?

Le migrateur fuit-il le froid hivernal ? Pas exactement. Maxime Zucca, auteur de La migration des oiseaux préfère montrer l’oiseau comme un opportuniste. « Il migre sur l’année entre différents environnements dans lesquels il trouve de la nourriture, des refuges et un site pour nidifier. » Ainsi, en décembre, l’hirondelle se régale des insectes africains, alors qu’en France ces derniers sont quasi absents. Mais au moment de nidifier, adieu les pays du sud ! Pas motivée par la compétition, elle laisse place aux oiseaux sédentaires : la nourriture est abondante, mais pas assez pour rassasier sa progéniture. En zone tempérée, le printemps regorge d’insectes, de graines, de feuillage… tout pour fonder une famille !
 

Longs courriers

Les « migrateurs stricts » sont les espèces chez qui tous les individus partent. Pour la plupart insectivores, ils traversent la Méditerranée puis le Sahara, pour s’installer dans les savanes et zones humides du Sahel, juste au nord de l’équateur, voire jusqu’en Afrique australe pour les hirondelles « anglaises ». Dès juillet, on peut observer les hirondelles rassemblées par milliers là où pullulent les insectes (zones humides des bords de mers de la Manche et de l'Atlantique, plans d’eau, prairies de pâturage…), qu’elles dévorent pour s’engraisser avant le grand départ groupé. À leur retour au printemps, elles retrouveront le même nid que l’année précédente ! Les rapaces migrateurs (voir encadré p.78) sont quant à eux le plus souvent des voyageurs solitaires. Cependant, « un bon emplacement d’observation permet d’en voir passer une centaine en une journée », indique Romain Riols, de la LPO Auvergne.

Courtes distances

Chez les « migrateurs partiels », une partie seulement de la population d’une espèce voyage. Ce sont les individus qui nichent au nord de l’Europe: ils descendent vers le sud en hiver, certains poussant jusqu’en Afrique du Nord. Ainsi, nos buses variables, merles noirs ou rouges-gorges se contentent des ressources sur place en hiver, alors que leurs voisins du nord les rejoignent, voire descendent plus au sud. D’où l’augmentation des effectifs hivernaux dans nos jardins ! La plupart de nos pinsons des arbres fuient quant à eux la France pour l’Espagne. Chez les milans royaux, seuls les jeunes passent un ou deux hivers en Espagne. Avant leur départ, on peut les voir se regrouper, comme les busards cendrés, dans des dortoirs sur de grands arbres, en lisière de leurs zones de chasse. Cas particulier : le beau tichodrome échelette. Nicheur en haute montagne, il descend l’hiver en plaine. On le voit aux jumelles, souvent seul sur les falaises ou édifices de pierre (y compris en ville) : il extirpe grâce à son long bec pointu les insectes cachés dans les anfractuosités.

Ceux qui restent

La plupart des mésanges, troglodytes mignons, sittelles et geais des chênes sont sédentaires. Pour Maxime Zucca « aucune espèce n’a jamais montré de signe migratoire, même faible ». Plus un insecte à se mettre sous le bec? Ils se rabattent sur graines et fruits pour tenir jusqu’au printemps. Les oiseaux des villes (pigeons bisets, moineaux, certains ramiers) se nourrissent, en toute saison, dans les déchets alimentaires. Et les pics extirpent les insectes cachés derrière les écorces.

 

 

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