Fille de paysans normands, je me souviens du quotidien de mon enfance… Les vaches paissaient dans les prés, leur bouse amendait la terre et salissait nos bottes ou nos sandalettes l’été et surtout rendait l’herbe bien grasse pour nourrir… les vaches ! L’herbe captait sa petite part de carbone. Dans la prairie, étaient plantés des pommiers, eux aussi amendés par la fumure des vaches. Ils donnaient des pommes à couteau et des pommes à cidre.
 

Aujourd’hui, les systèmes agricoles qu’on dit alternatifs ne sont souvent que la reproduction de l’autonomie perdue des fermes des années 30 à 60.

Les vaches s’abritaient sous leurs branches pour se mettre à l’ombre ou se protéger des intempéries. Aujourd’hui, on appelle cela de l’agroforesterie. À l’époque c’était du bon sens. Le lait était transformé en crème et en beurre, consommé à la maison et les surplus vendus aux voisins. Les champs étaient entourés de talus et de haies qui retenaient l’eau, servaient d’abri et de clôture aux vaches, de couloir de biodiversité pour les faisans et les écureuils, de perchoirs pour les troglodytes mignons, de lieu propice aux digitales ou à la reine des prés. Séquence nostalgie ? Non, plutôt un certain agacement... Aujourd’hui, les systèmes agricoles qu’on dit alternatifs ne sont souvent que la reproduction de l’autonomie perdue des fermes des années 30 à 60. On parle d’agro-écologie quand il y a 50 ans, il était normal de faire pousser les légumes sans traitements ou amendements de synthèse. On en appelle à la permaculture quand il était bien évident, de mettre des canards indiens au potager pour manger les limaces et d’épandre du fumier et non du terreau industriel issu des tourbières des marais, véritables puits de carbone qui disparaissent... La spécialisation de grands espaces agricoles (à l’Ouest les grandes fermes laitières, en Beauce les céréales, etc.) pour optimiser les rendements à partir des années 70 et donc produire plus de nourriture pour moins cher a de conséquences désastreuses sur notre dépendance aux énergies fossiles, anéantit la biodiversité et pollue les nappes phréatiques.
 

 

Parfois je rêve, tant qu’il est encore temps, que l’on donne la parole aux personnes âgées

 

On vend les surplus de blé dans des pays qui bénéficiaient d’une agriculture vivrière et on importe du soja produit à des milliers de kilomètres. On rejette la consommation d’animaux élevés respectueusement et à l’herbe sans se rendre compte du rôle que jouent les prairies dans la lutte contre le réchauffement, la préservation de la ressource en eau, la prévention des inondations, la qualité des paysages, le maintien d’une vie locale, etc.

Parfois je rêve, tant qu’il est encore temps, que l’on donne la parole aux personnes âgées pour qu’elles content dans les écoles ces pratiques toutes simples, vernaculaires, que l’on tente de réinventer ça et là de façon encore trop marginale. Car partout dans le monde, pendant ce temps-là, le modèle de l’agrobusiness continue de détruire les sols et les hommes de son rouleau compresseur.

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