D’aussi loin qu’il se souvienne, la mer et le nautisme l’ont toujours attiré. Après plusieurs années passées à travailler dans le secteur de la culture, Allel a voulu revenir à un travail manuel. En 2003, il intègre la formation « constructeur aménageur de bateaux de plaisance » proposée à Rochefort-sur-Mer, qui vient alors de s’ouvrir à tous les publics, sans pré-requis. Pendant dix mois, il y découvre 
les outils de base pour travailler dans le nautisme. L’occasion également de le conforter dans son choix. Il travaille ensuite à Concarneau, Boulogne-sur-Mer, Vannes, La Rochelle… où il « touche à tout, du bateau de pêche au bateau de course en passant par les péniches ». Puis il se lance à son compte, à Saint-Hilaire-de-Chaléons, entre Nantes et Pornic.
Allel a fait le choix du bois et du composite pour construire ses bateaux. En France, il n’existe qu’une dizaine de professionnels fabriquant ce type d’embarcations. « Le bois parce que c’est un matériau performant, et une ressource que l’on trouve facilement. À cela s’ajoute le rapport qualité prix ainsi que le rapport poids et performance », justifie-t-il. Ses bateaux sont en contreplaqué époxy, c’est-à-dire qu’ils sont composés à 90 % de bois et à 10 % de résine et fibre. « C’est la technique que j’utilise le plus. Elle permet de construire rapidement à l’unité des bateaux légers et résistants. C’est du bois moderne, un matériau naturel sans faire dans le folklore. On prend le meilleur de la nature et de la technologie. » Pour le bois, il s’approvisionne dans le département et en Vendée. La résine, il la trouve auprès de négociants spécialisés possédant des comptoirs dans la région. 

Neuf mois pour un taxi vénitien

Pour fabriquer ses bateaux, Allel utilise des panneaux de bois qu’il pose ensuite sur le squelette de l’embarcation. « Tout est possible ! Je peux aussi bien fabriquer un kayak de 4 mètres qu’un bateau de 12 mètres. On vient me voir en général avec un cahier des charges où l’on me précise le budget et l’objectif souhaité, par exemple aller se promener en mer avec tant de personnes. En fonction de ces données, je propose un service allant de la conception à la réalisation », explique-t-il.
Si le gros œuvre se fait rapidement, les finitions prennent davantage de temps, mais c’est sur les détails que se joue la qualité. Allel a ainsi passé neuf mois dans son atelier et consacré environ 1 200 heures à la réalisation d’un taxi vénitien. Outre la construction, Allel intervient aussi pour effectuer des réparations sur tous types de bateaux en bois composite, pour des particuliers et des entreprises de nautisme. On le sollicite également pour de la restauration traditionnelle. Mais là encore, pas de folklore, le constructeur ne fait pas dans le pseudo traditionnel. « J’ai notamment refait un canoë canadien datant de 1936. Pour cette commande, j’ai dû effectuer des recherches sur les techniques de fabrication de l’époque. » 
S’il devait attribuer la palme de la complexité à la construction d’un bateau, ce serait au trimaran, pour lequel il convient de « construire trois bateaux pour en obtenir un »

Constructeur et formateur

L’autre volet de l’activité d’Allel est lié à son désir de partager et transmettre. Il propose des stages destinés à fournir aux constructeurs amateurs les bases de leur projet, et accueille entre dix et vingt stagiaires par an, ce qui lui permet de « sortir un peu de ma bulle. J’échange, je transmets mon savoir. Aujourd’hui, les gens achètent des bateaux plus petits et s’investissent de plus en plus dans la construction. Ce type de stage fonctionne très bien aux États-Unis, mais est encore confidentiel voire inexistant en France ». Organisées sur deux jours, ces formations offrent aux participants les outils pour construire un bateau. « Les stagiaires repartent avec un modèle réduit qui les aidera à se souvenir des gestes à reproduire. » Jusque-là destinés aux particuliers amateurs, les stages sont désormais ouverts aux entreprises depuis qu’il a obtenu un agrément lui permettant de proposer des formations d’une semaine maximum aux professionnels qui, comme lui, ont le goût du bois et de la mer. 

Quand on entre dans l’atelier d’Allel Behidj, on pénètre aussitôt dans l’univers du bois et de la mer, à mi-chemin entre tradition et modernité. Sardines boats, son entreprise de construction de bateaux en bois composite, est le plus petit chantier naval de France, ce qui ne l’empêche pas de travailler pour des clients partout en France et même beaucoup plus loin. Actuellement, Allel est en train de dessiner un trimaran pour un client de San Francisco. 

 

Une centaine d'heures de travail

Construire un kayak sur mesure nécessite une centaine d’heures de travail. L’embarcation est vendue entre 4 000 et 5 000 €. Pour un bateau classique, il faut compter entre 5 et 10 000 € le mètre, selon la complexité de la tâche. 

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