Ce ne devait être qu’une maison secondaire. C’est devenu un domicile doublé d’un atelier. Sur les hauteurs du hameau des Cloîtres à Saint-Pierre d’Entremont, la bâtisse en pierre que Jacques Beaumier a rénové lui sert parfois de vitrine. À l’intérieur, on retrouve tout son savoir-faire : des meubles en bois aux lignes épurées et partout sur les murs des peintures à la caséine et des enduits en chaux et en terre. L’endroit est chaleureux. Il fait bon vivre ici. « J’ai acquis cette maison pour y venir en week-end. À l’époque, je travaillais à Grenoble dans une entreprise de distribution électrique. À 55 ans, j’ai négocié une rupture conventionnelle. J’avais une passion de longue date pour la décoration. J’ai décidé d’en faire mon métier et de déménager ici. Ma compagne me rejoint en fin de semaine », explique-t-il en contemplant le sommet du Grand Som depuis son jardin. Derrière la maison bicentenaire se déploie la ligne de crête des Lances de Malissard. Un cadre idéal pour démarrer une nouvelle vie. À son entourage qui s’étonne de le voir s’installer au milieu de nulle part, Jacques répond par une étude de marché. « Il y a peu d’artisans peintres sur le massif de la Chartreuse. Et aucun sur ce secteur de la décoration au naturel. »
Avec son indemnité de licenciement, il s’offre neuf semaines de formation à l’École de l’art et des matières d’Albi où il acquiert des techniques de pose et de mariage des couleurs. Et à l’été 2012, il crée sa micro entreprise, l’Atelier des Cloîtres. « Comme je n’entrais en concurrence avec personne, j’ai été bien accueilli par les habitants et les autres artisans de la vallée. Mes voisins sont devenus mes premiers clients. J’ai également travaillé chez le plombier et l’agent immobilier du village. Cela m’a ouvert des portes », confie-t-il. Pour se meubler, Jacques se fabrique une table, une bibliothèque et des lampes en bois. Un mobilier esthétique et fonctionnel qui séduit sa clientèle lorsqu’elle passe à l’atelier. Les premières commandes suivent. Et la menuiserie finit par prendre le pas sur la décoration ! « Je passe désormais 60 % de mon temps à concevoir des meubles. Mais en termes de chiffre d’affaires, c’est du 50-50 », calcule-t-il.

Durable et sur-mesure

Son mobilier mêle un style montagnard à des lignes contemporaines plus design. Il écoule 80 % de sa production sur le massif de la Chartreuse, le reste à Grenoble et Chambéry. Un constat qui l’a amené à créer l’association « C’est fait ici » pour donner de la visibilité aux autres artisans locaux (voir encadré). « Nos métiers souffrent d’un déficit de communication. Lorsque le public découvre qu’il peut trouver des meubles, de la vaisselle ou des jouets fabriqués à côté de chez lui, il vient nous voir. C’est plus cher que dans les grandes chaînes, mais la qualité est tout autre. Quand on me commande un buffet, on sait qu’on pourra le transmettre à ses enfants », explique-t-il. Dans le souci permanent de créer du lien, Jacques développe aujourd’hui des formations pour apprendre à réaliser des peintures écologiques ou poser des enduits terre. « C’est une façon de sensibiliser les gens à l’environnement, mais aussi de transmettre mon goût pour la beauté de la nature. » Et d’avouer sans scrupules : « Quand la journée est ensoleillée, il m’arrive de fermer la porte de mon atelier et d’aller contempler la montagne. Une source permanente d’inspiration ».

 

Contact
Atelier des cloîtres
Les Cloîtres 73670 Saint-Pierre-d’Entremont
Tél. : 04 79 28 74 17
Courriel : jacques.beaumier@laposte.net
Site : www.atelier-des-cloitres.fr

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Les Cloîtres 73670 Saint-Pierre-d’Entremont
C’est fait ici

L’association porte bien son nom. Elle réunit une quarantaine d’artisans de proximité, installés entre Chambéry et Grenoble, dans des secteurs aussi variés que la poterie, la maroquinerie, 
la bijouterie, les vêtements, la tapisserie, l’ameublement… Objectif, pouvoir se procurer des objets du quotidien localement comme on peut déjà le faire sur le plan alimentaire avec 
les circuits courts. « C’est fait ici » dispose d’un site internet qui permet de repérer chaque artisan sur une carte. « En revanche, on ne propose pas de vente en ligne. Nous voulons inciter 
les visiteurs à pousser la porte de nos ateliers, prendre le temps de nous rencontrer et repartir avec l’objet qui leur correspond, quitte à se le faire fabriquer spécialement »
, témoigne Jacques Beaumier, cofondateur de l’association. À terme, « C’est fait ici » espère tripler le nombre d’artisans pour proposer une offre de produits élargie, notamment autour du jouet et des articles de sport.
Site : www.cestfaitici.fr

 

Le prix de la création

Les tarifs pourront paraître élevés à ceux qui ne jurent que par les meubles « suédois ». À l’atelier du Cloître, il faut compter entre 500 à 900 € pour un petit buffet ou une bibliothèque sur mesure. Et jusqu’à 1 150 € pour une table et ses deux bancs. Mais Jacques passe plusieurs jours à les dessiner et les fabriquer à partir d’épicéa, de frêne ou d’érable, ses essences préférées. Une partie du bois provient du massif, mais il peine à trouver des scieries qui proposent une qualité optimale pour la menuiserie. Avec un chiffre d’affaires de 20 000 € annuel, il a divisé son salaire par quatre et se dégage un petit smic. Mais il ne travaille plus que 4 jours par semaine et pour lui, cela n’a pas de prix. En décoration, il propose un forfait journée à 300 € en associant le client au chantier. Ce qui réduit le temps de travail et permet d’acquérir un savoir-faire. Du gagnant-gagnant.

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