En France ne vit qu’une seule espèce, le renard roux (Vulpes vulpes), dont le pelage va du beige au brun en passant par le roux vif. Au printemps, lors de la mue, il est particulièrement bigarré. Ce petit canidé, voisin du chien ­­­et du loup, mesure entre 60 et 90 cm, avec une queue qui représente plus de la moitié de sa taille. Il s’enveloppe dedans quand il dort.

Du goupil au renard

Carnivore, il se nourrit de petits rongeurs. À la fin des moissons, on peut l’observer facilement dans les champs quand il traque les mulots en quête de grains tombés. Sa technique de chasse - le mulotage - est caractéristique. Il saute sur sa proie à pieds joints en décrivant un arc de cercle en l’air. L’hiver est la saison des amours. Le rut commence en décembre et il fait alors moins attention à l’homme. Le reste du temps, il est discret, prudent et vit beaucoup la nuit. Présent dans tous les départements français, on le croise dans les plaines céréalières, les landes, les forêts et même en milieu périurbain. Rusé et opportuniste, il adapte son alimentation à son milieu et aux saisons. Aux rongeurs s’ajoutent des fruits, des champignons, des insectes, des lombrics, voire les restes de poubelles. Si vos poules ne sont pas protégées (voir encadré), il viendra volontiers en prélever une, à l’instar de la martre et de la fouine. Ces attaques de poulailler ont largement participé à la mauvaise réputation de l’animal. Au Moyen-Âge, on massacrait déjà celui qu’on appelait alors le goupil. C’est le Roman de Renart, un recueil de récits médiévaux dans lequel les animaux sont personnifiés, qui lui a donné son nom actuel. 

Utile ou nuisible ?

 

« Il est toujours désolant de devoir trouver une utilité à un animal. S’il existe, c’est qu’il a sa place dans la biodiversité », considère Pierre Athanaze. « Mais oui évidemment, le renard est très utile. C’est un charognard efficace. Il nettoie les carcasses d’animaux morts et évite ainsi la propagation de maladies. Mais surtout, il se révèle un excellent auxiliaire agricole en éliminant mulots et campagnols qui font des dégâts considérables dans les cultures. » Le naturaliste Denis-Richard Blackbourn, docteur en écoéthologie et en ethnozoologie, s’est livré à un intéressant calcul. En partant sur une base minimale de 3 000 petits rongeurs dévorés par an et en la rapportant à la consommation de grains de ces rongeurs sur la moitié d’une vie, il estime qu’un seul renard évite la perte de 12 tonnes de céréales par an ! Un renard vivant environ trois ans, il ferait économiser à un agriculteur 3 200 euros au cours de son existence. Pourtant en France, le renard est classé nuisible (comme le geai, la pie, la corneille, le putois, le ragondin, le sanglier…) et son abattage est autorisé, voire encouragé. Certains conseils généraux donnent encore des primes à qui en rapporte la queue ! Dans le Nord, la battue au renard est prétexte à une fête baptisée le Ch’tis fox days. Ses organisateurs disent vouloir limiter l’augmentation du nombre d’individus.

Mais ce nombre augmente-t-il ? Il n’existe à ce jour aucun comptage du renard en France. Seules quelques communes des Hautes-Alpes, de l’Aude, du Gard ou des Pyrénées-Orientales l’ont sorti de la liste des nuisibles pour service rendu aux agriculteurs. Ailleurs, la tradition du massacre continue. Et cela conduit à des situations ubuesques. En Auvergne et en Franche-Comté, pour éliminer les campagnols terrestres qui font des dégâts dans les prairies fourragères, on pose des pièges à rongeurs et on tue les renards, qui sont pourtant leurs principaux ­­­prédateurs…

Vecteur de maladies ?

La rage hier, l’échinococcose aujourd’hui. Voilà l’argument numéro un des adversaires du renard qui le traquent jusque dans son terrier. Terrier que cet animal, très sociable, n’hésite pas à partager avec des blaireaux ou des chats forestiers ! Dans les années soixante-dix, le renard, très sensible au virus de la rage, s’est à nouveau retrouvé au centre des débats. Les battues n’ont rien donné. La rage a fini par disparaître en 2001 après une campagne de vaccination nationale (dispersion d’appâts porteurs du vaccin) doublée d’une vaccination systématique des chiens et des chats domestiques qui risquaient de transmettre la maladie à l’homme. 
Aujourd’hui, on reproche au renard de transmettre l’échinococcose, une maladie rare qui se soigne parfaitement. Remontons la chaîne. Les échinocoques (des petits vers) sont présents dans l’organisme de certains rongeurs. Si un renard mord un rongeur infecté, il sera porteur à son tour de la maladie. Pour qu’elle passe à l’homme, il faut soit manipuler un renard (ce que les chasseurs font régulièrement sans porter de gants), soit manger des fruits ou des légumes souillés par ses déjections. 

On conseille de ne pas cueillir de baies à moins de 50 cm du sol dans les zones à risque (Massif central, Franche-Comté, Alpes, Lorraine). En cas de doute sur des fraises des bois, faites-les cuire. Pas de panique cependant, on recense seulement une quinzaine de cas d’échinococcose par an en France. Il faut surtout se méfier de ses animaux domestiques, car le chat et le chien peuvent être porteurs après avoir tué un rongeur.

 

Protéger son poulailler

A priori, le renard craint l’homme et s’approche des maisons le plus souvent la nuit. Le soir, il faut rentrer la volaille au poulailler. Prévoyez une petite cabane avec un plancher, de préférence surélevé. Placez-la dans un enclos grillagé, d’une hauteur minimale de 150 cm. Utilisez une maille de 3 cm de diamètre maximum pour empêcher les petits mustélidés (martre, fouine, belette) d’y pénétrer. Installez la clôture sur l’extérieur des piquets de soutien pour dissuader les prédateurs de les escalader. Vous pouvez enterrer le grillage jusqu’à 40 cm de profondeur pour éviter qu’un renard ne creuse un accès rapide. Poser des dalles tout autour du poulailler sur 40 cm de largeur décourage également l’animal. Enfin, pliez la partie supérieure du grillage vers l’extérieur sur 30 cm en formant un angle de 30°. Il est possible de réaliser un toit en grillage (ou avec des filets) pour former une cage complète. 
Sachez enfin que les chiens, et même les chats font fuir les renards.

Photos : © Richard Blackbourn / Aspas

L'expert : « Un animal totem »

« Le jour où nous saurons protéger le renard, on sera mûr pour sauver le reste de la planète. » Pierre Athanaze ne mâche pas ses mots. Si le président de l’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages) a choisi cet animal comme emblème, c’est qu’il représente à ses yeux la méconnaissance des hommes envers la nature. « Voleur de poules, porteur de la rage, le renard a toujours été traqué, alors qu’il est un indispensable régulateur de rongeurs. Un seul individu dévore entre 3 000 et 10 000 campagnols par an ! Mais en France, il est encore classé comme nuisible. On a le droit de l’abattre ou de le piéger parce qu’il s’attaque notamment aux faisans lâchés quelques jours avant l’ouverture de la chasse. Pour pouvoir tirer sur du gibier d’élevage, on supprime un animal sauvage ! Sacré paradoxe. Si l’on aime la nature, il est grand temps de réhabiliter le renard. »

Vous aimerez aussi...