Pêcheurs de civelles ou d’écrevisses, ferronniers, meuniers, cordonniers, maroquiniers, relieurs ou tisserands, ils étaient présents partout. Certains continuent de transmettre ce patrimoine immatériel, et quelques vocations subsistent. On les retrouve le plus souvent dans les lieux au patrimoine préservé, là où les artisans comme les collectivités ont bien compris que le visiteur ou l’habitant trouverait dans leurs ateliers ou leurs boutiques un peu de cette beauté et de cette harmonie trop souvent perdues dans les produits industriels, et qu’ainsi, ils séjourneraient ou habiteraient plus longtemps au village.
Partout, quand on sillonne l’Europe, on s’aperçoit que, dans les endroits les moins habités et valorisés, les métiers liés à des savoir-faire traditionnels s’éteignent peu à peu, laissant même en friche bâti, outils, cabanes de pêche dans des marais, moulins, etc. Les habitants et les visiteurs désertent alors à leur tour ces contrées. Face à la tristesse et l’abandon de ces lieux, le cercle maudit du déclin est alors amorcé.
Et parfois, un jour, ces espaces délaissés sont récupérés pour exploiter industriellement et à grande échelle, les poissons, les plantes, etc. pour fabriquer alimentation, vêtements ou énergie. Aucune résistance ne viendra barrer la route de ceux qui auront imaginé des machines incroyables de technologie, qui viendront spolier des ressources et enrichir de grosses firmes. 
Alors oui il y a urgence, pour garder des territoires vivants et harmonieux, à relancer les métiers manuels, à les soutenir. Il y a urgence à mettre en valeur la beauté du geste, à certes adapter parfois certaines techniques grâce à nos connaissances d’aujourd’hui pour éviter la trop grande difficulté physique. Mais il faut tout faire pour ne pas perdre ces savoir-faire. Ces derniers produisent de beaux objets mais ils procurent également en nous le sentiment rassurant que chaque chose et chaque être est vraiment unique et que nous ne sommes pas qu’un maillon d’un système désenchanté d’où serait absente toute beauté.

Saint-Paul le 25 juillet 2018

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