L'auteur

De formation littéraire et économique, Bernard Farinelli est directeur du développement local dans une grande collectivité, en charge de l’agriculture, 
de la forêt, du tourisme, des collectivités et des entreprises. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont des essais (L’avenir est à la campagne aux éditions Sang de la terre) et des guides sur le monde rural, l’économie locale ou l’autonomie (Vivre à la campagne et Comment moins dépendre du système, chez Rustica). Il est chroniqueur pour Village depuis une quinzaine d’années.

 

Pourquoi ce livre sur la proximité ?
On est à un moment où les réflexions sur la mondialisation s’intensifient, où la croyance que la richesse se situerait uniquement dans les échanges intercontinentaux se heurte aux milliers d’expériences en France et ailleurs où l’on souhaite à l’inverse revenir au local. J’ai souhaité apporter au lecteur une réflexion synthétique et des éléments concrets dans lesquels il y a tout pour pouvoir réfléchir et redévelopper cette proximité.

Est-ce que la proximité peut être une chance face à la crise actuelle ?
Oui et mille fois oui ! C’est une réponse à la crise. Un exemple a marqué un tournant dans ma prise de conscience personnelle lorsque j’ai appris que les abats de poulet allaient nourrir les banlieues africaines car, chez nous, nous ne mangeons que les bons morceaux. En marchandisant ces restes et ces abats, on détruit l’économie locale africaine des villages. Alors que la proximité est une chance pour chaque territoire de se prendre en main, de retrouver son identité.

Est-ce que c’est une chance encore plus importante pour les campagnes ?
Je ne vois pas comment les campagnes pourraient s’en sortir autrement. Et il y a plus d’opportunités à la campagne. On le voit bien en matière de foncier et de bâti. Les campagnes sont les lieux de toutes les alternatives possibles. Il y a des exemples partout en France. Il y a des gens qui réinventent des systèmes locaux complexes et complets. Et cela part toujours des citoyens même si cela n’exclut pas des élus.

N’y a-t-il pas, avec ce retour de la proximité, un risque de repli sur soi ?
Si, il existe si on ne prend pas de précaution. Mais regardons déjà ce qui se passe en termes de risques dans les mégalopoles. C’est violent. Pour éviter le repli sur soi, il y a quelques conditions. Il faut éviter à tout prix la concurrence entre les territoires. Il doit y avoir à la fois une économie de proximité et une ouverture au monde. L’économie de proximité permet de répondre aux besoins du quotidien, l’alimentation ou la production d’énergie mais il est nécessaire, à côté, d’avoir des échanges, des solidarités et des valeurs d’universalité.Aujourd’hui beaucoup de personnes sont multi-lieux, multi-appartenances, multi-résidences. 

 
L'économie de proximité permet de répondre aux besoins du quotidien

Est-ce que cette notion de proximité a encore un sens dans ce contexte ?
Certes nous bougeons mais il faut aussi s’interroger sur pourquoi on bouge systématiquement. Pourquoi n’habitons-nous plus quelque part ? Pourquoi voulons-nous être partout en même temps ? Même si on ne pense pas que du bien des nouvelles technologies, elles permettent, dans plusieurs domaines comme celui du savoir ou de la médecine, de combiner proximité et mouvement.

Un ou deux leviers essentiels pour cultiver cette proximité ?
Pour réussir cette économie de proximité, il est important de réinventer la démocratie participative, réinventer le fait d’être citoyen acteur et donc arrêter de tout attendre des élus. Nous devons aussi disposer de l’information sur ceux qui nous entourent : qui fait quoi, comment, où ? C’est indispensable par exemple pour reconstruire des systèmes d’alimentation locale. Et les initiatives se multiplient. À côté de chez moi il y a une épicerie qui s’appelle L’épicerie de l’alimentation locale. Elle ne prend que des producteurs qui sont situés dans un rayon de 15 km.

Et de façon pratique, comment faire ?
La première chose à faire est d’abord de trouver des gens autour de soi qui croient en la proximité, car seul, on ne peut rien. Par exemple, prenons toutes les personnes qui travaillent à la création d’une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne, www.reseau-amap.org), c’est déjà extraordinaire ! Il faut donc s’ouvrir aux autres. Une fois qu’un premier noyau est constitué, il reste ensuite à co-construire ensemble, à regarder les besoins et décider ceux auxquels on va répondre en premier. Ensuite, il est nécessaire de peser sur les politiques locales.

La révolution de la proximité

Se fondant sur un diagnostic sans concession quant à l’état de notre société, l’auteur a une conviction : il faut favoriser l’autonomie des communautés. À ses yeux, une révolution de la proximité est nécessaire pour contrecarrer la déshumanisation de notre monde moderne et faire face aux périls climatiques. La bonne nouvelle, c’est que cette révolution a déjà commencé ! Des milliers d’initiatives fleurissent sur les territoires, en France et à l’étranger, dans des domaines aussi divers que l’alimentation, la production d’énergie, la gouvernance politique, 
la création culturelle, etc. Autant de solutions innovantes qui participent d’une véritable alternative structurée.En décrivant ces solutions avec précision, Bernard Farinelli démontre que le consommateur, le citoyen, l’élu et l’entrepreneur peuvent agir avec efficacité, en prenant appui sur des valeurs de sobriété et d’altruisme.

Édition Libre & solidaire. 256 pages. 15,90 euros.

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