« En France, on importe du bois alors qu'on possède l'une des plus belles forêts d'Europe par sa taille et sa diversité. Mais elle est très morcelée, ce qui rend son exploitation difficile. 80 % des propriétaires possèdent moins de quatre hectares et n'en font rien. Beaucoup ne savent même pas qu'ils possèdent du bois ! », assure Jean-René Lorang, expert forestier en Drôme, Ardèche et Isère. « Alors quand un financier leur propose un chèque pour raser leur parcelle et alimenter une grosse chaufferie, c'est une aubaine. Ils prennent l'argent sans se poser de question. Et ils perdent d'un coup tout leur patrimoine. Car, selon les essences, une forêt coupée à blanc met entre 50 et 150 ans à repousser. » Jean-René propose à ses clients une toute autre démarche. Il ne procède que par éclaircies tous les cinq ans en prélevant d'abord le bois mort (au sol ou sur pied), puis les arbres tordus ou mal placés qui gênent le développement de leurs voisins. Et très ponctuellement quelques beaux spécimens parvenus à maturité. Le tout en laissant en permanence un couvert forestier. Bien gérée, une forêt produit ainsi régulièrement du bois de chauffage et du bois d'œuvre (meubles, charpente) tout en continuant à croître.

© Eléonore Henry de Frahan

​Des Amap bois bûches

« Quand on était plus jeunes, on prélevait du bois dans nos six hectares de forêt pour nous chauffer. Mais depuis que mon mari a des problèmes de santé, on est passé au chauffage au gaz. Voilà vingt ans que notre forêt n'est plus exploitée », se désole Joëlle Sanmarco, agricultrice à la retraite à Bourdeaux dans la Drôme. Ça, c'était avant de connaître Dryade. Car en 2015, Joëlle découvre cette association drômoise qui cherche à recréer une filière bois de chauffage en circuit court, sur le modèle des Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Sauf qu’ici, les légumes sont remplacés par du bois. Un chantier de coupe est lancé en janvier 2016 sur un hectare. Les deux bûcherons sortent 36 stères qui sont mis au sec pour 18 mois. A l'issue, Joëlle en récupère quatre pour animer sa cheminée. Dryade s’appuie sur les valeurs du Réseau pour les alternatives forestières (RAF) dont elle est partenaire : une gestion douce de la forêt, une juste rémunération des forestiers et une implication citoyenne. L’engagement des consommateurs est important. Ils doivent régler leur commande au moment où le bois est coupé, soit un an et demi avant de pouvoir en profiter ! Depuis 2010, cinq chantiers ont déjà eu lieu dont un à l’initiative d’une commune qui a regroupé les petits propriétaires au sein d’une association syndicale libre de gestion forestière afin d’exploiter plusieurs parcelles d'un coup. A cette occasion, 90 stères ont été sortis. De quoi alimenter une vingtaine de foyers. « Ici, le prix du marché tourne autour de 65 € le stère. Nous vendons le nôtre 74 € avec deux ans de séchage, ce qui garantit un bon pouvoir calorifique », poursuit Pascale Laussel, fondatrice de l’association. Le prochain chantier se tiendra à nouveau dans les bois de Joëlle début 2018.

Un rôle écologique majeur

La forêt purifie l’atmosphère. Les arbres absorbent du gaz carbonique et rejettent de l'oxygène. Leur feuillage et leur système racinaire filtrent l’eau. Ils jouent un rôle de stabilisateurs pour les sols. Et ils abritent une flore et une faune exceptionnelles. Une vraie forêt présente des essences variées et des arbres de taille et d’âges différents. Pratiquer la monoculture, avec des individus du même âge abattus le même jour est une hérésie. La multiplication des grosses chaufferies au bois va pourtant dans ce sens. Elle entraine une demande importante de matière première. Elle favorise les coupes à blanc qui détériorent non seulement le paysage, mais détruisent la fonction écologique de la forêt.

Repères

La forêt française couvre 16,3 millions d'hectares, soit près de 30 % du territoire. Les trois-quarts sont privés. Elle est très fractionnée : les 3,5 millions de propriétaires possèdent en moyenne 2,6 ha. Parmi eux, 2,6 millions en possèdent moins de 1 ha. C'est le troisième stock européen de bois sur pied. (Source : Agreste)

 

 

 

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