« En arrivant ici, certains jeunes ont peur du noir, des bruits de la nuit et du vide alors qu’ils seraient détendus à 3 h du matin à Paris », s’amuse Chantal Lebreton, éducatrice qui accueille depuis 2007 des jeunes en séjours dits de rupture. Collaboratrice de l’association Jean Cotxet qui oeuvre pour la protection et l’éducation de l’enfance et de l’adolescence à travers 29 établissements parisiens, Chantal reçoit 6 à 7 jeunes par an pour une durée allant d’une semaine à un mois.

Mon cas est atypique car je n’en accueille qu’un à la fois pour une prise en charge individualisée et professionnelle. Ce sont souvent des jeunes qui ont décroché du système scolaire, et passent le plus clair de leur temps à vagabonder.
 

Jeunes issus de milieux défavorisés, ou au contraire délaissés par des parents haut placés, ils ont souvent un vécu lourd et un parcours chaotique. En débarquant chez Chantal, c’est le choc des cultures. Déjà, La Villate à Gentioux, c’est le bout du monde ! En plus, dans cette drôle de maison en rondins de bois et paille, on fait pousser des plantes sur le toit, on se chauffe au bois et on utilise des toilettes sèches – mobilier un peu trop rustique pour certains qui refusent de les utiliser ! Heureusement, il y a aussi des toilettes « normales ». Au coeur de cette nature aussi belle que rude, l’éducatrice leur fait découvrir un mode de vie centré sur l’échange et l’autonomie : traire les chèvres et fabriquer son propre fromage, aller chercher les oeufs au poulailler, nourrir les chevaux, faire son pain, son potager, échanger des légumes contre de la viande… « Ils se rendent compte qu’on peut dépenser très peu d’argent pour se nourrir, se chauffer ou s’amuser, que les choses peuvent être gratuites », explique Chantal. Cette vie-là peut remettre sur les rails des jeunes qui ont des problèmes psychosociaux car c’est une vie « concrète, basique, très pratique finalement » : rentrer le bois, s’occuper des bêtes, préparer le repas… Rien d’extraordinaire mais que de l’essentiel ! 

 
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Gentioux
Séjours de rupture

Les séjours de rupture proposent un éloignement géographique et culturel pour rompre avec le cadre de vie habituel. Leur fonctionnement diffère des prises en charge classiques pour permettre à des personnes en difficulté psychosociale de prendre du recul, de retrouver confiance en elles, de déclencher une prise en main. On peut faire des séjours de rupture chez des professionnels comme Chantal, ou dans des lieux de vie et d’accueil (prise en charge collective), en famille d’accueil (non-professionnelle), et même à l’étranger via des associations spécialisées. Il n’existe pas de structure qui chapeaute toutes ces initiatives. 

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