Le sport c’est la santé. Alors pourquoi ne pas le prescrire sur ordonnance ? À Rouez-en-Champagne, on ne se pose plus la question. Et cette mini-révolution émane du Club olympique rouézien qui, paradoxalement, a bien failli disparaître en 2006, faute d’adhérents. C’était sans compter sans l’obstination de Ludovic Robidas, l’un de ses derniers membres. « Avant d’enterrer l’association, nous avons organisé une réunion publique. Quatre-vingts personnes se sont déplacées et ont expliqué vouloir pratiquer des sports variés à moindre coût. »
Avec trois bénévoles, il propose donc aux habitants de faire du sport loisirs dans le gymnase communal. Au programme : football, badminton, volley, etc. 
La première année, soixante personnes s’inscrivent. Puis, en 2012, le conseil d’administration décide de passer un cap en recrutant Mickaël Rousseau, un éducateur sportif handicapé se déplaçant en fauteuil. Dans le même temps, Ève Attal, médecin généraliste dotée d’un certificat professionnel d’animateur sportif qui vit dans le village voisin, lance une activité Zumba. Dès le premier soir, cent personnes répondent à l’appel ! Quatre ans plus tard, pour l’ensemble de ses activités, l’association compte 500 adhérents pour 780 habitants !
Face à un tel succès, et voyant le bénéfice pour la santé de la population, Ève, Ludovic et Mickaël décident de se battre pour que des séances adaptées à certaines pathologies soient prescrites sur ordonnance, à la place ou en complément de médicaments. « Au début on nous a dit chacun à sa place ! » se souvient Ludovic. Mais le trio ne lâche rien. Et depuis 2016, les patients peuvent se voir prescrire 20 séances entièrement gratuites. Financé par l’Agence régionale de santé des Pays-de-la-Loire et le conseil départemental de la Sarthe, le Comité départemental olympique et sportif de la Sarthe reverse 37,50 euros à l’association pour une heure et demie d’activité. Désormais, 64 patients sont suivis pour des tendinites, mal de dos, diabète de type 1 ou 2. Et le résultat est bluffant : 7 personnes sur 10 qui étaient en arrêt de travail ont repris leur activité. 72 % n’absorbent plus de médicaments ou ont réduit de moitié leur consommation. Aujourd’hui, une trentaine de médecins, des maisons médicales et le centre de cancérologie du Mans utilisent aussi le sport pour soigner une partie de leurs malades.

 

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72140 Rouez-en-Champagne
Mickaël Rousseau : « Ils retrouvent le moral et le corps va mieux »

Mickaël Rousseau est éducateur sportif. Il encadre les patients par groupe de huit personnes maximum. « J’adapte les activités à leur pathologie mais aussi à leurs besoins, leurs sensations, explique-t-il. Chacun fait des activités différentes de son voisin ! Je dois être beaucoup dans l’écoute. Quand je sens, par téléphone, que quelqu’un est intéressé mais qu’il a peur de ne pas y arriver, je fais la première séance seul avec lui. » Ce poste d’éducateur sportif est sa première mission après l’accident de la circulation à l’origine de son handicap, en 1998. « Cette confiance du conseil d’administration m’a permis de reprendre confiance en moi, de voir que malgré la maladie ou le handicap on peut toujours faire des choses. Je peux maintenant faire passer ce message autour de moi. En changeant le regard que les malades ont sur eux-mêmes, chacun à leur rythme, ils retrouvent le moral et le corps va mieux. »

Ève Attal : « Ils ne se sentent pas complexés par leur maladie »

Ève Attal est médecin généraliste à Tennie, village situé à moins de cinq kilomètres de Rouez-en-Champagne. Depuis quatre ans, elle s’investit comme animatrice sportive bénévole au Club olympique rouézien. C’est elle qui a initié les cours de Zumba dont l’activité fait le plein. Alors, quand Ludovic Robidas lui a parlé de son projet de séances sur ordonnance, elle a été enthousiaste. Depuis que la convention avec l’Agence régionale de santé est signée, elle n’hésite pas à envoyer ses patients que ce soit en cas de tendinite, de dépression, de mal de dos ou de problème de sommeil… « Avant, quand je disais à mes patients « il faudrait que vous alliez faire du sport dans une salle au Mans », ils me répondaient « c’est loin et cher ». Quand je leur proposais d’aller courir ou de faire du vélo, ils craignaient un malaise. Aujourd’hui grâce à ces séances encadrées, adaptées aux pathologies de chacun et gratuites, ils n’hésitent plus. Le fait que Mickaël, coach sportif soit handicapé est un plus. Ils ne se sentent pas complexés par leur maladie et cela accroît leur volonté. »

Dominique Louinard : « Bon pour le moral »

Dominique Louinard, 54 ans est agent de service hospitalier. Elle souffrait de discopathie. Après plusieurs opérations du dos, les douleurs persistaient tandis que les anti douleurs s’avéraient totalement inefficaces dans la durée. Le kiné qui s’occupait de sa rééducation lui propose alors de faire du sport. « Je n’avais pas envie d’aller jusqu’au Mans dans une salle, j’en ai parlé à mon médecin généraliste qui m’a prescrit 20 séances à Rouez, à cinq kilomètres de chez moi. Je viens de terminer, cela fait du bien à mon dos mais aussi au moral. J’y suis allée deux fois par semaine. Il y a une telle énergie et solidarité que nous avons même décidé de faire un repas en commun pour les fêtes ! » Dominique s’est maintenant inscrite pour poursuivre les activités hors ordonnance ! Comme la plupart de ceux qui ont suivi le même itinéraire.

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