Ça fourmille. Partout, les énergies circulent pour imaginer des projets, personnels ou collectifs. Ici, monter une épicerie solidaire, là, un espace de co-working ou la reprise d’un atelier, d’un commerce ou d’une petite ferme, ailleurs encore, la création d’un festival ou l’ouverture d‘un centre d’accueil, etc. Partout, ou presque, des habitants changent la physionomie des villages. Ils génèrent de la vie et donnent de la joie. Partout, ou presque, comme il y a 25 ans, quand nous avons créé Village Magazine, beaucoup quittent leur zone de confort pour oser des aventures humaines et solidaires. Et pourtant que c’est dur encore en certains endroits de voir la dynamique s’installer durablement. À l’heure pourtant de l’omniprésence des réseaux sociaux, de la communication en général, c’est a contrario comme si tout paraissait éclaté. Comme s’il était difficile de savoir ce qui se fait ici ou là et il semble, malgré le numérique, qu’il faille au moins autant d’énergie qu’avant pour lancer et réussir son projet. 
Pourquoi ? Les hypothèses sont nombreuses : moins d’appuis des collectivités dont les périmètres plus importants empêchent les accompagnements de proximité ? Augmentation des contrôles, des procédures, des réglementations et des contraintes ? Part des charges fixes dans la vie d’une structure de petite taille plus importante que celle d’une grosse entité ? Prenons par exemple la mise en conformité avec la Réglementation générale sur la protection des données (RGPD) qui coûte, rapportée à son chiffre d’affaires, beaucoup plus cher à une petite entreprise qu’à une grande, la labellisation aussi…
La mise en réseau de tous ces acteurs atomisés est beaucoup plus compliquée que de faire se réunir deux ou trois multinationales pour peser sur des décisions politiques. 
Des fédérations tentent de rassembler les forces vives mais leur nombre, leur idéologie différente, leur manque de moyens financiers et donc de communication les empêchent souvent d’être suffisamment efficaces pour vraiment concourir à faire évoluer globalement des pratiques et à vraiment peser dans les réformes. Et, qui est plus est, à l’échelle de la planète ! 
Pourtant, souvent, quand je rencontre tous ces acteurs de terrain je suis fascinée par leur clairvoyance sur les changements nécessaires pour maintenir un écosystème durable, vivable. J’aime le pragmatisme avec lequel ils mettent en œuvre leurs actions et j’aimerais tellement que se retrouvent, se connaissent et se rencontrent toutes ces personnes pour proposer un nouveau modèle ! C’est certes l’objet de Village depuis son origine de donner à voir ce foisonnement, cette intelligence du bon sens des actions menées sur le terrain mais il faudrait rassembler, réunir plus encore les uns les autres pour que toute cette richesse émanant des citoyens puisse être multipliée. Une utopie, peut-être, mais nécessaire. S’écouter malgré des différences de vues apparentes, ne pas chercher à avoir raison à tout prix, apprendre, proposer, transférer, modifier, s’amuser à prendre part aux décisions et retrouver une place dans un monde où les choix nationaux ou européens semblent nous échapper.  

Saint-Paul, le 10 octobre 2018 

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