Vous vous disiez que demain seraient organisées partout des filières territorialisées, sous forme coopérative, pour, enfin, utiliser les déchets de scieries, le bois de haies et des forêts du coin. Vous espériez que cela permettrait de chauffer les habitations, les collèges, les écoles ou les mairies des villages. Vous pressentiez déjà que cela créerait des emplois, permettrait à des petites scieries de se maintenir, éviterait que des agriculteurs arrachent le bocage. Oui tout cela était possible. D’ailleurs, de nombreux territoires ont déjà engagé de telles actions. Mais aujourd’hui, cette organisation locale est menacée tant les aides et le système actuel ne lui sont pas favorables.

Par exemple, l’Ademe, agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, bras armé de l’État, finance uniquement les projets supérieurs à 100 TEP (Tonne équivalent pétrole) (1), c’est-à-dire ce qu’il faut pour chauffer un lycée ou un hôpital mais pas un collège rural ou des logements sociaux dans une commune. Et plus c’est gros, mieux c’est pour l’Ademe, car cela fait du chiffre rapidement. Quand les agglos, ou des très gros équipements (2) réalisent des chaufferies bois, cela fait tout de suite des milliers de TEP et donc on se rapproche plus rapidement du taux de 20 % d’énergie renouvelable fixé au sein de l’Union européenne d’ici 2020. De plus, mieux vaut pour l’Ademe et autres financeurs, instruire un gros dossier que dix petits, cela coûte administrativement beaucoup moins cher…

Mais la petite coopérative du bocage qu’il soit normand, bourbonnais, choletais (voir page 52 et 53) ou charentais ne peut pas fournir de telles quantités. Ce sont donc les très grands opérateurs tels Véolia, Dalkia ou GDF-Suez que l’Ademe est bien heureuse de trouver pour remplir cette mission… Et évidemment ces opérateurs, vont essentiellement aller s’approvisionner là où la ressource est importante et où elle coûte le moins cher. C’est ainsi que pour fournir certaines agglomérations, le bois provient de l’autre bout de la France et le plus souvent de n’importe où dans le monde. Il arrive par bateau ou camion, de Belgique, du Venezuela ou d’Amérique du Nord !

Et ce sans aucunes exigences environnementales ou sociales. Sans aucun contrôle.

D’où vient ce bois ? Comment est-il exploité ? De quel salaire et de quelles conditions de travail ont bénéficié ceux qui ont oeuvré à sa coupe et à sa transformation ? Y avait-il un plan de gestion pour de la replantation ou était-ce juste du défrichage voire du pillage ? Rien, pas une ligne le plus souvent. Et pendant ce temps, on démantèle, on déstructure des filières locales. Certains agriculteurs ou artisans se demandant même s’ils doivent continuer à travailler avec leur coopérative ou s’il ne vaut pas mieux, finalement, livrer au plus offrant… Et demain, cela ferat- il comme les produits alimentaires avec la grande distribution ? Une fois toute la ressource concentrée dans les mains de gros opérateurs, quel sera le cours du bois ? Au nom du toujours plus grand, plus gros, plus vite pour remplir des objectifs d’énergies renouvelables, on détruit de la proximité, l’environnement, du social et de l’emploi. Décidément l’enfer est toujours autant pavé de bonnes intentions.

 

1. Heureusement certaines régions ont permis de descendre à 50 TEP en finançant les projets d’une taille de 50 à 100 TEP mais c’est loin d’être le cas partout…

2. Même Areva a un projet, toujours dans les cartons, de chauffage au bois (actuellement c’est au fioul). 35 000 TEP pour faire fonctionner l’usine de retraitement de la Hague. Plus de 20 camions par jour seraient nécessaires pour fournir un tel équipement. D’où viendrait le bois ? Forcément pas de la Manche, département fort peu boisé…

 

Saint-Paul, le 4 février 2015  

 

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