En Loire-Atlantique, les jardins partagés du Clos du Poivre se cachent au bout d'un chemin, à l'entrée du bourg d'Herbignac. Ce matin, une petite équipe est venue tondre les allées et planter des cerisiers. Il y a là Christian, Jacky, Anne et Thierry qui ont participé à la création du jardin il y a six ans. Lancé par la commune, le projet a été porté par une dizaine de personnes et rassemble 25 à 35 adhérents selon les années. Les premiers travaux ont mobilisé « beaucoup de volontaires » et laissé de bons souvenirs. Le terrain mis à disposition étant très ombragé, la mairie a fait abattre des arbres. La vente du bois (450 €), les cotisations (400 €) et une aide du conseil général (2500 €) ont permis d'acheter des plants, des outils… Aujourd'hui le budget annuel de 700 € suffit aux dépenses courantes.

Conseillée par Yves, un maître du jardinage bio, la culture sur buttes a été adoptée à l'unanimité. En revanche, le paillage a suscité un débat intense. « Chacun mène sa butte comme il l'entend mais on a fini par tomber d'accord sur la nécessité de pailler en hiver », se félicite Thierry. Les petits fruits et les aromatiques sont cultivés en commun, comme le verger planté avec Joseph. Christian, lui, s'occupe des 5700 litres d'eau stockées dans cinq cuves. Trois agriculteurs fournissent le bois d'élagage qui, une fois broyé, nourrit le sol. Des palettes ont servi à faire les châssis, des perches de châtaignier et des bottes de roseau à construire la cabane. Mis à part le manque d'implication de quelques adhérents, « un problème récurrent », le jardin se porte bien et enregistre « trois à quatre départs et arrivées par an ». Il a même obtenu un prix régional.

 

Qu'est-ce qu'un jardin partagé ?

C'est un jardin conçu et autogéré par un groupe d'habitants et fondé sur la convivialité. Pas besoin d'être un as du jardinage, tout le monde peut participer.

 

À quoi ça sert ?

« On ne vient pas que pour jardiner », précise Céline Viaud, mais aussi pour retrouver le goût des saisons, apprendre la nature à ses enfants, rencontrer des gens… On échange des tuyaux, des recettes de cuisine, on découvre d'autres façons de cultiver: « en fait le jardinage est surtout un prétexte! »

 

Pourquoi un tel succès ?

Les jardins partagés ne fleurissent pas qu’en ville mais également dans les communes périurbaines et rurales où les terrains disponibles sont généralement plus nombreux et plus grands. « On pourrait croire qu'à la campagne, les gens ne sont pas demandeurs car ils ont déjà leur propre jardin. En fait, ils veulent jardiner différemment et expriment un besoin très fort de lien social », explique Jean-Baptiste Casa. « Le jardin fédère tout le monde, que l'on soit jeune ou âgé, riche ou pauvre », confirme Michel Campion. Cette capacité à rassembler n'a pas échappé aux élus municipaux qui désormais « veulent tous un jardin partagé! ».

 * Nous remercions les quatre spécialistes qui nous ont conseillés pour la réalisation de ce dossier : Céline Viaud (Semeurs de Jardins à Montpellier), Benjamin Gourdin (AJOnc à Lille), Michel Campion (Vert le Jardin à Brest) et Jean-Baptiste Casa (Ardes à Caen).  

 

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