Bêlements intempestifs, ronronnement des machines, joyeuses bousculades… 
Après une heure et demie de traite, toutes les brebis retournent à la bergerie. Il est 8 h à Sallèles. Depuis le petit bureau du Gaec, Nino reprend le fil de son histoire, celle de son installation dans ce coin d’Aveyron.
Nous sommes en 2010. Le jeune éleveur a terminé son Cefi (Contrat emploi formation installation). Quelques mois auparavant, une bonne nouvelle est arrivée du village de Roquefort. L’entreprise laitière Papillon achètera désormais le lait d’Alain et de Nino sous le label AB. À charges égales, la valeur ajoutée permettra de dégager l’équivalent d’un salaire supplémentaire, en l’occurrence celui de Nino.
La création du Gaec (groupement agricole d’exploitation en commun) peut donc s’opérer dans la sérénité avec pour objectif de transmettre l’exploitation à Nino d’ici quatre à cinq ans. Le temps de trouver un nouvel associé qui remplacera Alain lorsqu’il partira à la retraite. « Le partage des connaissances du métier, du terrain, fait souvent défaut aux nouveaux agriculteurs qui ne sont pas originaires du milieu », souffle Nino.
Mais pour créer ce fameux Gaec, il faut dans un premier temps réaliser un « état des lieux ». C’est-à-dire évaluer les biens qui vont entrer ou non dans le groupement. Il y a le troupeau, le matériel (tracteurs, machine à traire…) mais aussi le stock disponible à l’instant T de la création du groupement (foin, paille, aliments, fioul…). Dans le cas de Salèlles, le Gaec détient l’outil de travail, le foncier restant la propriété d’Alain. Pour l’instant. Pour aborder l’avenir en toute quiétude et anticiper d’éventuelles divergences de points de vue, Nino et Alain ont fait appel à un médiateur qui les a aidés à définir les attentes de chacun pour ensuite écrire un projet professionnel commun. 
À l’époque de la création du Gaec, cette médiation fut réalisée par un conseiller de la chambre d’agriculture de Midi-Pyrénées. « La médiation est réellement nécessaire, les ruptures d’associations d’agriculteurs se font le plus souvent pour des raisons humaines et non financières », insiste Nino. Pour le reste, le Gaec créé, Nino a bénéficié d’une aide pour jeune agriculteur qui permet d’obtenir un crédit à 1 % (l’État payant la différence).  Autre soutien financier : la DJA (Dotation jeune agriculteur). « Le seul inconvéniant est le poids administratif. Les critères sont nombreux : géographiques, familiaux, avoir moins de quarante ans, la nature de l’activité… Mais c’est un vrai plus ! » ajoute Nino. Quoi qu’il en soit, le Parcours à l’installation (ou Plan de professionnalisation personnalisé), obligatoire pour obtenir la DJA, a permis de définir certaines compétences à acquérir et d’y répondre par des sessions de formation, dans le domaine de la gestion du groupement en ce qui concerne Nino.
Mais l’heure tourne dans le petit bureau. Nino est attendu pour un devis. « Quand on parle d’agriculture, on évoque soit les grands exploitants et leurs excès, soit les petits producteurs avec leurs difficultés. Parfois, on ferait bien de se tourner vers le juste milieu, vers des structures à taille humaine qui travaillent avec bon sens », confie-t-il avant de partir pour son rendez-vous.

 

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