Espèce préhistorique, le castor était présent sur Terre avant nous. Il a pourtant failli disparaître, chassé pour sa fourrure, sa viande et son castoréum, une sécrétion huileuse autrefois utilisée en médecine et parfumerie. Au début du XXe siècle, il ne restait que quelques dizaines d’individus dans la basse vallée du Rhône. Protégé depuis 1909, il recolonise patiemment nos cours d’eau.  

« Il joue un rôle essentiel pour la préservation du biotope aquatique et forestier, explique Paul Monin, chargé de mission au Centre d’observation de la nature de l’Île du Beurre à 40 km au sud de Lyon où vivent plusieurs couples de castors. On lui reproche parfois de couper les jeunes arbres sur la rive. Mais ce faisant, il entretient les forêts alluviales et il laisse du bois mort qui enrichit le sol. Autre grief, quand il construit un barrage pour maintenir son terrier immergé, il inonde parfois une parcelle de terre. Mais il crée ainsi une zone de calme sur la rivière qui attire la faune sauvage : poissons, libellules, oiseaux. Et en étendant les zones humides, il écrête les crues. » Dans les Ardennes, au début des années 2000, le castor est revenu dans une ancienne tourbière qui commençait à s’assécher. « En quelques années, le site était à nouveau en eau et le milieu s’est enrichi avec le retour d’amphibiens, de 
reptiles et de plantes rares »
, témoigne Samuel Dubie, instigateur du Printemps des castors, une manifestation annuelle qui permet de découvrir l’espèce dans plusieurs régions de France.

100 % végétarien

Du printemps à la fin de l’été, le castor se nourrit de végétaux aquatiques, des algues, des iris, des pousses de roseaux, des feuilles de saule et de peuplier, des fruits. En automne et en hiver, il se rabat sur les écorces des arbres, là encore majoritairement des saules et des peupliers, mais aussi des aulnes, des frênes et des érables. Il n’hésite pas à transporter et à stocker des branchages sous l’eau pour les grignoter à l’abri dans son terrier. Il compte aussi sur les réserves de graisse contenues dans sa queue pour résister au froid. 
L’espérance de vie de l’animal est de 15 à 20 ans. Bien que protégé, le castor reste menacé par les pièges posés pour traquer les ragondins. Il peut aussi être victime de la pollution des rivières.

Un bâtisseur

Comme l’homme, le castor a une influence directe sur son milieu naturel qu’il aménage à sa guise. Il creuse son terrier dans les berges en prenant soin de maintenir l’entrée sous l’eau (voir dessin) pour éviter les intrusions. Il accède à son logis par un tunnel de plusieurs mètres qui mène à la chambre, surélevée et garnie de copeaux de bois et d’herbes. Il peut y avoir plusieurs entrées et plusieurs chambres. Lors de la construction, il prévoit une cheminée d’aération qui servira éventuellement de sortie de secours. Si le plafond s’écroule, il se construit un toit de branches colmatées avec de la boue et son habitat devient un terrier-hutte. Ou parfois, comme son cousin nord-américain, une véritable hutte lorsque la pente de la berge est trop faible pour installer un terrier. 
Sur les petites rivières, il ajoute un barrage afin de maintenir une hauteur d’eau satisfaisante. Il achemine des rondins de bois qu’il plante dans le fond de la rivière, puis ajoute des branches transversales entrecroisées. L’ensemble est consolidé par de la boue et divers végétaux. Certains barrages peuvent atteindre plusieurs mètres de haut et plusieurs dizaines de mètres de large ! Lorsque le niveau d’eau s’élève trop, il modifie la structure du barrage en pratiquant des ouvertures temporaires.

Où le trouver ?

Le castor aime les eaux douces, stagnantes ou courantes, qui conservent une profondeur minimum de 60 cm toute l'année, ne gèlent pas totalement en hiver et ne s'assèchent pas en été. En un siècle, il a reconquis la quasi-totalité du fleuve Rhône (on le trouve même à Lyon) et il recolonise peu à peu ses différents affluents. On le rencontre désormais dans de nombreuses rivières de la région PACA, ainsi qu'en Bourgogne-Franche Comté. La Loire est l'autre grand bassin de présence de l'animal, sur le fleuve et ses affluents. On le croise également dans le Nord-Est de la France suite à des réintroductions. D'après l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) chargé du suivi, une petite population vit dans le Finistère, en diminution, et une autre dans le Tarn, en augmentation. En 2012, on estimait la population nationale à 14 000 individus, répartis sur une cinquantaine de départements. Le chiffre a dû légèrement augmenter depuis. 
Sur un même lieu, le castor ne peut jamais pulluler car chaque famille a besoin de 0,5 à 3 km de rive pour vivre. Si de nombreux riverains se réjouissent du retour de cet animal emblématique de nos rivières, d'autres cherchent à limiter ses dégâts. L'ONCFS conseille d'installer des clôtures métalliques et des manchons sur les arbres. Mais surtout de laisser une bande de 10 à 15 mètres de saules et de peupliers en bord de rivière qui lui servira de garde-manger. Une mesure très efficace. Le castor ne s'aventurera pas au-delà.

© Photos : Centre d'observation de la nature de l'île au Beurre et Stéphane Perraud 

 

(à noter dans vos agendas, le printemps des Castors qui a lieu chaque année entre le 20 mars et le 20 juin).

Vie de famille

Monogame, le castor partage son terrier avec le même partenaire, des jeunes de l'année en cours et ceux de l'année précédente. Les petits sont allaités pendant trois mois, mais ne quittent le terrier qu'au bout de deux ans, âge à partir duquel ils peuvent se reproduire. Les parents doivent parfois chasser violemment leur progéniture, véritables petits Tanguy !

L'observer

On peut dans l'absolu apercevoir le castor toute l'année, car il n'hiberne pas. Mais l'hiver, il passe beaucoup de temps dans son terrier. Mieux vaut donc attendre la belle saison pour tenter une observation, d'autant que l'attente est parfois longue. « Quand on organise une sortie avec du public, on ne garantit jamais qu'on va le voir, explique Paul Monin de l'Île du Beurre. Mais on est sûr en revanche de croiser des traces de sa présence, des arbres taillés, des tas de branches, un barrage… on remarque parfois une forme qui glisse silencieusement à la surface de l'eau. C'est lui ! Avec un peu de chance, il va monter sur la rive et si l'on ne fait pas de bruit, on pourra l'observer à 10 ou 20 mètres. » 

Des sorties sont programmées sur le site les 19 et 30 mai, les 9, 13 et 30 juin et le 4 juillet.
www.iledubeurre.org

Castor fiber

C'est le nom latin du castor eurasien qu'on trouve sous nos latitudes. S'il est le plus grand rongeur d'Europe - avec un corps qui peut atteindre 1 m, une queue de 30 cm et un poids d'une trentaine de kilos - il n'en reste pas moins difficile à observer. Farouche, crépusculaire et nocturne, il se déplace surtout dans l'eau. Seuls son nez, ses yeux et ses oreilles dépassent alors de la surface de la rivière. Excellent nageur, il est en revanche pataud sur la terre ferme. Son pelage, parfaitement imperméable, est gris ou brun foncé. Ses pattes postérieures sont grandes et palmées. Ses pattes antérieures sont petites et préhensiles. Sa queue, large et plate, est recouverte d'écailles. Pour alerter ses congénères d'un danger, il frappe violemment la surface de l’eau avec, avant de plonger. Il peut rester plusieurs minutes en apnée. 

Aller plus loin

LE CASTOR, de Pierre Cabard, Ed. Delachaux et Niestlé, 2009, 192 p., 11,90 €.

www.printempsdescastors.fr

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