Sur le marché de Candé (49) le lundi matin, un panneau dans l’allée attire l’attention : CORDONNIER ITINÉRANT. Benjamin Marconnot est un cordonnier qualifié, un commerçant atypique, et un jeune homme généreux.

Fier de ses parents : deux femmes. Fier de son frère jumeau : « un virtuose de la musique qui excelle dans tout ce qu’il touche ». Heureux de rendre service. « Un jour, un petit papy a déposé son bac à tondeuse pleins d’herbes sur le comptoir. J’ai senti que si je n’acceptais pas de le réparer, il ne tondrait peut-être plus. » Benjamin a découvert la cordonnerie à 16 ans. « J’ai visité l’atelier de mon grand-père - le père de la compagne de ma mère - maître cordonnier en Allemagne. J’ai eu un déclic. L’odeur du cuir, les machines, le côté service. »

Après un CAP cordonnier-bottier et des expériences professionnelles multiples, dont un stage chez un orthoprothésiste, Benjamin se lance dans la cordonnerie itinérante, sous le statut d’entreprise individuelle. « C’était la première fois que le banquier voyait un jeune de 20 ans emprunter 15 000 euros pour créer son entreprise, plutôt que pour une moto. » Au départ, il se déplace et travaille sur place dans un camion-atelier. « La première semaine, j’ai récupéré une centaine de paires de chaussures ! » Après un an, son camion rend l’âme mais l’affaire marche bien. Il peut de nouveau emprunter 30 000 euros et acheter un fourgon, une remorque, et louer un local pour travailler : « dans le camion l’hiver c’était dur, les colles se figeaient et les outils étaient oxydés. »

 

Le multiservice face à la chaussure plastique

 

Comme dans de nombreux secteurs, les chaussures made in China se taillent la part du lion. Le revêtement plastique remplace le cuir de vachette, et la colle les coutures aux semelles. Les entreprises délocalisent et leurs produits descendent en gamme : « les personnes se rendent compte que leurs chaussures ne valent pas mieux qu’une paire moins cher » se désole Benjamin. Ainsi, les gens achètent de la chaussure à bas coût et de basse qualité. Ils les jettent, ils rachètent. Tout simplement. Tout « consommément ».

Pour faire face, les cordonniers ont diversifié leur prestation. Benjamin indique que « 60 % du chiffre d’affaire d’un cordonnier, c’est le multiservice : les clés, la reproduction de plaques d’immatriculation, la vente de sacs à main synthétiques, les tampons encreurs, l’affûtage de couteau. » Benjamin, lui, met un point d’honneur à garder au centre de son activité l’humain et le savoir-faire de l’artisan. « Ça ne me plaît pas de vendre un sac en plastique chinois acheté 8 euros et revendu 25. Ma motivation, c’est de recoller les chaussures, rendre service. »

Le petit cordonnier conseille avec professionnalisme, sans pousser à l’achat ou à la surconsommation. Il annonce systématiquement au comptoir le coût de la réparation. « Au départ, j’étais tellement bas en prix que j’ai dû les réajuster ; mais les clients comprenaient. Ils me disaient : “ il ne faut pas dévaloriser votre métier “. »

Dans sa remorque, il ne vend pas de maroquineries importées mais ses propres confections, toujours en cuir, à un prix attractif. Quelques petites bourses, des sacs à main rénovés, des ceintures personnalisées pour 34 euros. Un petit panier dans le coin de la remorque se remplit : « je rénove des chaussures adultes et enfants, et les revends à un prix unique de 5 euros. Certains commerçants me prennent pour un illuminé » confie Benjamin. En effet, peu de cordonniers se refusent à augmenter leur marge et diminuer leur temps de travail, en prohibant la revente de produits d’importation. D’exploitation. De consommation. De survie aussi, parfois.

 

L’itinérance au bout du monde

 

« Depuis que j’ai habité enfant la Bretagne, je rêve de faire le tour du monde en bateau. » Benjamin a envie d’aventures. Le récent voyage humanitaire de son frère jumeau au Népal, et son vif intérêt pour la confection de chaussures orthopédiques, lui soufflent d’autres projets. « Aller dans des pays qui ont une technologie différente et proposer de faire des chaussures orthopédiques pour les enfants. »

 

La cordonnerie itinérante : un modèle qui s’adapte au marché actuel

Selon le Centre de ressources pour l’artisanat et la petite entreprise, en 1950, il y avait environ 45 000 cordonniers en France. En 2005, il n'en restait plus que 4 000 (la moitié a disparu entre 1991 et 2011). Les chiffres du bilan 2013 de la Fédération française de la chaussure (FFC) font état d'une diminution de 1,8 % de la consommation de chaussures par les ménages en 2013. Les soldes et promotions occupent une place de plus en plus importante.

 

 

Marchés ou places publiques : Candé, Champigné, La Meignanne, Saint-Clément-de-la-Place, Châteauneuf-sur-Sarthe, Bécon-les-Granits, Cantenay-Épinard, Le Louroux-Béconnais.

Contact : tél. 07 60 01 46 21
benjamin.en1tourdemain(at)gmail.com.
 

 

 

Trouver l'événement: 
49440 Candé
Vous aimerez aussi...