Les gestes de Cyrille ressemblent à ceux qui ont rythmé mon enfance dans la ferme familiale. Je l’ai quittée sans la reprendre pour d’autres chemins il y a 37 ans, donc à peu près le moment où naissait Cyrille, personnage central du film,  qui, lui, a osé reprendre la ferme de ses parents dans le Puy-de-Dôme. Entre ces deux périodes l’État a imposé la mise aux normes des bâtiments d’élevage, un coût colossal… Depuis aussi, les coopératives ont cessé de collecter le lait chez des éleveurs qui avait une trop faible production… C’est l’illustration du sacrifice des paysans.

Dans les années 60 on vivait bien avec une ferme de vingt vaches. Soixante ans plus tard, c’est dur, très dur. Le magnifique et très émouvant documentaire de Rodolphe Marconi, sorti mercredi dernier dans les salles, montre sans pathos mais avec une incroyable justesse la vie quotidienne de ces petits paysans laitiers sacrifiés sur l’hôtel de la productivité.

Il dévoile le quotidien de Cyrille qui jamais ne se plaint, sa vie sans vacances, sans dimanche, sans salaire, son isolement. Même son activité complémentaire dans la restauration ou la fabrication de beurre et la commercialisation en vente directe ne peuvent permettre de rembourser les investissements réalisés. C’est l’histoire très sensible d’un deuil, celui de sa ferme liquidée – et donc de la vente de ses bêtes – et celui de sa mère décédée peu de temps après la reprise de l’exploitation. 

Chacun sort de la salle obscure silencieux et profondément troublé. Un témoignage quasi-ethnographique marquant pour comprendre ce que vivent certains petits paysans d’aujourd’hui.

Une présence de presque quatre mois du réalisateur au côté de Cyrille pour témoigner de ces souffrances là, pour qu’on entende leur voix.

 

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