Bernard Farinelli, chroniqueur à Village depuis de nombreuses années, nous livre son journal d'un confinement dans son village du Bourbonnais dans l’Allier.

J’écoutais il y a deux jours une interview de Giono sur la maladie, la mort et le bonheur. Une petite dizaine de minutes parfaite. L’auteur des Vraies richesses parle de la musique spéciale de chaque vent, de la forme mythique de certains nuages, du regard du passant, etc…

Comme la plupart d’entre nous, ayant reporté tous mes rendez-vous, je passe plus de temps au jardin et au verger, à vaquer et à observer.  Alors ces petits moments heureux et campagnards à partager, en voici quelques-uns.

Chance, un bourdonnement, style Canadair, m’apprend qu’un essaim vient de quitter une ruche proche. Je ne suis pas prêt, je cours, je m’agite, je récupère une ruche vide, vérifie les cadres, je la positionne. Elles sont sympas, elles semblent m’attendre.  Evidemment j’aurais préféré un autre arbuste que le prunellier. Je dois lutter pour découper délicatement l’entrelac et faire tomber légèrement l’essaim dans sa nouvelle demeure.  Elles ont l’air de s’y plaire. Je les visite (en même temps que les autres ruches pour ne pas faire de jalouses…) une dizaine de fois par jour.  Je les contemple de longs moments, affinant mes connaissances sur leur société. Les aubépines et les phacélies ont pris le relais des fruitiers. Les acacias se préparent, le tilleul aussi. Sans parler de toutes les fleurs des champs. Des polinisateurs de toute sorte fréquentent les lieux. Je connais peu leurs noms.

La mare, grand creux destiné à recueillir les eaux pluviales des toits et de la petite source contiguë est devenue au fil des années un véritable « spot » de biodiversité. J’y reste une heure par jour. Carpes qui ont frayé, grenouilles vertes qui se chauffent sur un tronc de saule flottant après avoir pondu des milliers d’œufs, premières libellules (ou autres odonates…). Des nappes de bourres de saules flottent. Je me passerai bien de l’énorme ragondin qui vient de visiter les abords. Par contre j’espère revoir des couleuvres, invisibles depuis les années canicule/sécheresse.

Les oiseaux ne sont pas en reste. Un couple de rouge-queue fait sa loi à l’entrée de la grange. La liste serait trop longue. Le rossignol bien entendu dans ses javas nocturnes, les mésanges, les  fauvettes… Et mes préférées en cette période, les huppes fasciées.

Ces quelques photographies ne sont pas destinées à faire envie, mais à dire. Bien sûr le confinement est un moment exceptionnel, parce que les humains ont été forcés de laisser la nature à elle-même (enfin une partie des humains…), mais tout de même, hormis les écrits remarquables qui fleurissent aujourd’hui (je pense parmi d’autres à Sylvain Tesson ou encore à Paolo Cognetti), comment ne pas faire le grand saut ? Changer de vie, la simplifier (on y sera de toute façon forcé rapidement). A méditer avant la fin du confinement.

Vous aimerez aussi...