Bernard Farinelli, chroniqueur à Village depuis de nombreuses années, nous livre son journal d'un confinement dans son village du Bourbonnais dans l’Allier.

Un des enseignements immédiats de la crise du Covid 19 tient dans notre dépendance alimentaire. Longues files pour pénétrer dans une GMS avec la crainte rampante du virus et de rayons dégarnis. Les prix iront à la hausse, du fait de difficultés de production (pas assez de main d’œuvre), d’acheminement, climatiques (sécheresse toujours présente notamment chez moi, mais pas seulement…). Une étude sur l’autonomie alimentaire des villes (Utopies, Mai 2017, note de position 12) estime à 2% le degré d’autonomie des 100 premières urbaines de France !!! Un fruit et un légume sur deux sont importés… C’est dire ! On vend des Rafales, mais on ne peut assurer la sécurité alimentaire du pays.

Certes pour ceux qui vivent en appartement, les choses ne sont pas faciles, hormis le recours au marché et à l’amap. Mais impossible de produire par soi-même. Pour ceux qui vivent en maison avec jardin-  et pour le coup pas forcément en pleine campagne, même si c’est plus adaptée- une organisation domestique résout en partie ces problématiques, avec quelques présupposés – transformation du terrain autour de la maison en petit « domaine » familial à visée autonome, plaisir de faire le jardin, fabrication de ses conserves, stockage dans une pièce adaptée, plantation de fruitiers et plus si affinités (ruches, poulailler).

A côté de ce cercle familial, la fréquention des producteurs locaux et/ou l’appartenance à des associations locales de soutien est essentielle pour maintenir ou créer le tissu local et complète la production maison.

Si certains jours, les bras nous tombent devant les transformations à opérer pour un futur souhaitable, nous devons nous souvenir qu’à petite échelle tout est possible. C’est d’ailleurs la force des communes rurales ou des quartiers urbains, où l’interconnaissance a gardé un sens. Ce qui suit est un échantillon des milliers d’expériences conduites aujourd’hui par des citoyens et des élus. Peu importe d’ailleurs la paternité.  Faire la cuisine en direct pour l’école (on échappe plus facilement aux contraintes des marchés publics) ou conventionner avec l’auberge du village, créer un potager pour les enfants (de façon à leur donner le goût de la bonne bouffe et à redonner du sens ) et peut-être même un autre collectif ou en régie pour les personnes, n’ayant pas de jardin ou ne pouvant le pratiquer. On peut imaginer aussi un verger public. Mères et pères d’enfants fréquentant la restauration collective, même combat. De nombreux dispositifs locaux, départementaux, régionaux existent. Il faut les activer. Une commune peut, malgré de nombreuses difficultés techniques, juridiques et lobbistiques, mettre  à disposition d’agriculteurs convaincus par la production locale, du foncier communal, voire des friches agricoles et les aider à assurer leurs débouchés.  Et si le territoire propose de travailler à un plan alimentaire territorial, participer.

A la prochaine inévitable crise, beaucoup de nos congénères se sentiront moins angoissés.

 

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