Bernard Farinelli, chroniqueur à Village depuis de nombreuses années, nous livre son journal d'un confinement dans son village du Bourbonnais dans l’Allier.

Les campagnes nous ravissent entre autres par l’architecture des maisons rurales. Leur esthétique, lorsqu’elle n’a pas été corrigée par le syndrome des années d’élargissement des fenêtres, de réfection de toits en amiante ciment…, interpelle. On se demande comment les bâtisseurs ont fait. Et pourtant, la maison n’était pas édifiée pour être belle. Elle l’était naturellement, parce qu’elle répondait à une simplicité d’usages domestiques, à des matériaux naturels et pris au plus proche, à  une adaptation climatique et au relief. Ce qui explique l’immense diversité des formes.

Ces maisons étaient organisées pour la survie du groupe. Peu de pièces de vie pour les humains (ce qui n’était pas sans poser des problèmes de promiscuité), mais beaucoup de dépendances – grenier pour les semences, séchoir, étable, fenière, grange, cave, cuvage… et quantité d’appentis. Même réalité dans les villages où l’atelier de l’artisan avait priorité sur son intérieur domestique. Mais partout des jardins, des fruitiers et des ruches, le tilleul à tisane dans la cour de l’école. Cet équilibre, trouvé après des siècles de tâtonnements, de famines, de pauvreté, de jacqueries, donne à réfléchir, plus encore en cette période. Une maison qui continue de vivre de la sorte pour de nombreux ruraux, et qui ne demande qu’à renaître pour bien d’autres… Ces demeures présentent aussi l’avantage d’offrir souvent de l’espace pour être habitées à plusieurs, d’être financièrement très accessibles (pour le moment) dans une part du pays, de se situer pour partie dans des bourgs, sécurisants pour certains parmi nous.

Enfant, je visitais souvent mes grands-parents à Clermont, et j’allais voir mon arrière-grand-mère dans une maison Michelin, construite pour loger les ouvriers de la Manufacture. Certes elles étaient clonées, mitoyennes, mais autonomes. Chez la mémé Framboise, il y avait des poules, des lapins, des pigeons dans une volière, des plantes grasses en pagaille près de la tonnelle qui supportait sa treille. Dans le jardin, le même pour tous au centimètre carré près, le cerisier, l’amandier, des pommiers et poiriers en espalier. L’allée était délimitée par des bordures de bouteilles, goulot planté dans le sol. Et partout des légumes et des fruits. Pas un espace perdu. Sirop de menthe et gâteaux secs, le tout maison. Rien de proustien dans cette énumération.

Mais, les mêmes maisons, aujourd’hui recyclées en pavillonnaire, ont conservé un peu de pelouse devant le garage ajouté avec l’allée bitumée, et la collection de jouets géants en plastique sans compter le trampoline, la balançoire, le toboggan ( évidemment en plastique)… Leurs propriétaires font la queue devant l’hypermarché du coin, masque artisanal sur le nez et la bouche, en se demandant s’il restera de la farine dans les rayons…

Cette maison rurale, que les survivalistes nomment « base autonome durable », prend un sacré coup de jeune. En espérant qu’elle en tente beaucoup !

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