Bernard Farinelli, chroniqueur à Village depuis de nombreuses années, nous livre son journal d'un confinement dans son village du Bourbonnais dans l’Allier.

« Last but not least » comme disent les Anglais. « Enfin et surtout » en Français. On déconfine. On revient en ville pour beaucoup. On reprend le travail. Evidemment pour nos pauvres prisonniers des appartements de quelques dizaines de mètres carrés, c’est la libération. Resteront des images d’ennui morbide ou de souvenirs heureux. Et des cheminements intérieurs.

Sans être l’expert de quoi que cela soit, il semble que l’atmosphère charrie un affrontement immédiat de deux mondes antagonistes. Celui du comme avant mais en pire, parce qu’il faut rattraper le temps perdu, bosser à mort pour (faire) consommer, bouger pour se sentir libre. Ce monde sera hygiéniste. Kärcher partout, gel hydroalcoolique sur le corps, masques en cascades changés plusieurs fois par jour. Quant à la bouffe, le plastique à gogo sur les portions cuisinées à 150° (ou plus) pour tuer la moindre bactérie. Des brigades traqueront le fiévreux qui sera dépisté (avec des tests qui fonctionneront super bien) … Notre téléphone portable nous tracera-trahira en tout lieu avec des applis rêvées par Orwell. Et puis les périphs reprendront leur service à temps plein, pire qu’avant, parce que les transports collectifs sont crasseux, dangereux et qu’il faut les éviter. Quant aux GMS, bons samaritains qui avaient prévu les masques pour le déconfinement et qui ont assuré l’approvisionnement les deux mois durant, avec quelques précautions et des horaires plus larges, elles reprendront leur place centrale. Dans ce monde, la globalisation persistera en mutant et les campagnes resteront le refuge qu’il faut avoir sous la main, au cas où… 

Restons sur les citations en anglais. Martin Luther King, à Washington, le 28 août 1963 prononçait son célèbre discours sur la fraternité entre les hommes, « I have a dream ». Et nous sommes très nombreux à avoir un rêve partagé.  Les scientifiques démontrent que les virus prolifèrent avec la déforestation, la suppression des habitats naturels, le grand chamboulement de la nature, la massification. Ils disent aussi que nous sommes les destructeurs de la planète et que nous pratiquons volontairement extinction après extinction. Que notre mode de vie affolé en est responsable. En décrypté, nous confinons à la fin du monde. Et en jouant sur la belle langue française, nous pouvons décider par nous-mêmes de nous confiner, de nous retirer. Et ça c’est dans l’atmosphère.

Ce qui ne signifie pas « nous exclure ». Les campagnes vont connaître un boom immobilier. Des urbains vont faire le grand saut.  L’économie locale va s’imposer. A chacun son idée, son action. Village en relate tant et tant.  Petit clin d’œil perso, le bocage bourbonnais, méconnu, paisible, peu peuplé, patrimonial, accessible, terre de résistance et d’alternatives, en un mot prometteur -comme tant d’autres régions- vous attend.

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