Bernard Farinelli, chroniqueur à Village depuis de nombreuses années, nous livre son journal d'un confinement dans son village du Bourbonnais dans l’Allier.

Le cadre. Hameau de quatre maisons dont deux occupées à l’année. Commune de 290 habitants dont près d’un tiers n’habite là qu’occasionnellement, mais a conservé une attache affective et donc vient voter et honorer le cimetière une fois l’an.

Je vis dans ce petit coin bocager du désert français (enfin supposé tel). Le confinement, en dehors de la suppression des rendez-vous physiques, est largement supportable. Petites conversations par-dessus la barrière (à bonne distance), jardin où quelques légumes ont résisté (carottes et poireaux) ou redémarrent d’eux-mêmes (blettes), marché de producteurs maintenu, promenade dans le chemin creux où ne s’aventure aucun gendarme et facteur sympa qui trois fois par semaine (les tournées sont réduites) maintient le service public. De quoi s’occuper aussi parce que la végétation se sent des bourgeons, fruitiers et treille taillés, planches et buttes à greliner, lectures, réunions téléphoniques ou par Skype. Occupations privées. Chaque matin, je mesure ma chance. De l’espace, du temps. Une paisibilité riche. Pas d’obligation absolue de déplacement professionnel, il est vrai.

Voilà ma campagne (et elle ressemble à tant d’autres), loin de la mer, de la montagne. En fait, une campagne commune et belle. Et voilà qu’elle redevient désirable soudainement. 1,2 million de Franciliens et des centaines de milliers d’autres des grandes villes ont entamé, pour se protéger, un immense exode urbain, certes limité dans sa durée, avec des airs de vacances avancées. Rien à voir avec celui de réfugiés qui fuient les guerres et les catastrophes dans le monde entier, rien à voir non plus avec ce que me racontaient mes grands-parents… Mais un exode tout de même sur lequel il faudra réfléchir autrement qu’en prétendant que c’est juste une mobilité de Bobos.

Ici dans le village, une maison a rouvert ses portes, et les cris des enfants qui jouent me révèlent combien cela manque durant l’année.
Campagne désirable… Même le coq Maurice n’inquiète plus. C’est déjà un bon point.

 

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