"Accrochez-vous. Pour aller voir les vaches, ça va secouer ! » La pente est raide. Et le sentier boueux. Le tracteur penche dangereusement dans le dernier virage avant de s’arrêter en douceur devant le troupeau de Charolaises. « Au début, je ne faisais pas la fière là-dessus. Mais aujourd’hui, je maîtrise l’engin, lance en souriant Christelle Philis. Je n’ai pas le choix. Dans les Monts du Lyonnais, aucun champ n’est plat. Et je suis seule sur la ferme. » Cette ferme, installée à Larajasse, était celle de son père. Il y a douze ans, à l’heure de la retraite, elle a failli être vendue à un voisin. « Ça m’a fait mal au cœur. J’ai plaqué mon métier d’animatrice multimédia et je me suis lancée. Pas évident. À l’époque, j’avais aussi peur des vaches…, avoue Christelle en répartissant le foin sous leur museau. Ça, aucun homme n’osera vous le dire. Moi, je suis fière d’avoir vaincu mes deux craintes. » Cette femme de 43 ans sans complexe n’a pas hésité à faire évoluer la ferme paternelle en passant du lait à la viande, indifférente aux regards extérieurs. Elle a réduit le cheptel pour travailler en extensif et produit aujourd’hui elle-même son foin et son maïs. Elle s’est endettée sur quinze ans en accord avec son compagnon, charpentier, dont le salaire est bienvenu en attendant la fin de l’emprunt. « Avec les bêtes, il n’y a pas de dimanche. Je bosse 70 heures par semaine pour un revenu réduit. Mais je suis heureuse de mon choix », assure Christelle. à force de travail, elle a réussi à faire sa place dans un monde d’hommes et gagner le respect des éleveurs du coin, qui eux, continuent à produire du lait. « Peut-être même que je leur donne des idées, dit-elle avec malice. Les femmes savent innover et se remettre en question. On trouve des solutions pour les tâches qui nécessitent de la force. Je fabrique par exemple des attelages maison adaptés à mes capacités physiques. Je crois que ça inspire les hommes. Pourquoi ne pas chercher à soulager son corps ? En tant que femme, on a beaucoup à apporter à l’agriculture. »
Si on trouve aujourd’hui des femmes seules à la ferme, comme Christelle, c’est que d’autres ont mené avant elles un vrai combat pour exister. 

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