S’aventurer en France. Sur le papier, l’idée semblait absurde. L’aventure, on va la vivre au Groënland, en Amazonie, au bout du monde. Mais en France ? Pour me convaincre du contraire, je m’étais donné douze mois.  Douze mois – d’un long et lent périple pour faire un voyage exotique non pas au bout du monde mais là, chez moi, en France. Il s’agissait de bien choisir les ingrédients de la recette : un itinéraire hors des sentiers battus, un paquetage garantissant l’autonomie et le temps de se laisser happer par les hasards de la route. Compter les kilomètres parcourus, là n’était vraiment pas le sujet. Mesurer la performance m’intéressait moins que partir à la rencontre. La découverte de la France se ferait par ses habitants. Le hasard ajouterait la petite touche qui ferait de ce voyage une aventure, mais une aventure humaine. 
Des Ardennes au Pays basque, j’ai croisé des citadins fuyant la ville et des ruraux amoureux de leur clocher, des chamans protecteurs de la terre et des viticulteurs connectés au cosmos, des lecteurs de paysage et des accompagnateurs en montagne, des poètes, des maires, des photographes, des paysans… Tous étaient reliés à la terre sur laquelle ils vivaient. Leur point commun : une bonne raison d’être ici, à ce moment là. « C’est peut-être une nécessité de se dire de quelque part à un moment donné », avançait Jean, fils de réfugié politique et metteur en scène inspiré par la Nièvre, son lieu de résidence. 
Plutôt que dresser le portrait robot d’une France des « oubliés », je voulais toucher du doigt la diversité de leurs parcours, comprendre pourquoi ils n’abandonnaient pas ces territoires dont tout dit qu’ils vont si mal que ça. Moi, le voyageur, je voulais me mettre dans la tête d’un habitant. En traversant à pied cette diagonale du vide où la population dépasse rarement les cinquante habitants au km², j’ai pris lentement la mesure des problèmes : fracture numérique, déserts médicaux, fermetures des commerces, désengagement de l’État...

Mais de rencontre en rencontre, j’ai découvert aussi la vitalité qui règne au sein de la société civile et du tissu associatif de ces contrées rurales. Microcrédit dans la vallée d’Aspe, tiers lieux dans la Creuse, écovillage en Corrèze, démocratie participative en Aveyron, circuits courts dans le Cher…  Des alternatives poussent sous l’impulsion de ceux qui ne baissent pas les bras et cherchent des solutions.  Comme le remarquait Baptiste, le concierge de la quincaillerie numérique à Guéret : « Pourquoi la ruralité n’aurait pas le droit à l’innovation ? Est-ce que l’innovation sociétale ne viendra pas de la ruralité ? Parce que nous, on essaye de trouver des solutions aux problèmes locaux. »
Plus je marchais, découvrant la beauté des paysages traversés, mieux je comprenais l’attachement de ces habitants à leur territoire et les dynamiques collectives qui en découlaient. Les douze mois étaient passés vite et je n’avais parcouru que les deux tiers de la traversée. M’arrêter en si bon chemin n’était pas envisageable.
En m’éloignant du monde hyperconnecté et de son brouhaha – parfois faute de batterie, souvent faute de réseau –, en ralentissant mon rythme à celui de mes pas, je retrouvais une forme de silence intérieur. Non seulement je m’écoutais ; mieux, je m’entendais. Marcher hors des sentiers battus m’amenait à réfléchir différemment. Sans panneaux indicateurs, ces paysages vierges m’ouvraient le champ des possibles. 
Au contact de ces acteurs du territoire, je me recentrais aussi sur mes propres envies. Toutes ces personnes qui avaient écouté leur petite voix intérieure, osé lui faire confiance et suivre leurs propre chemin me donnaient une leçon d’optimisme. 
Ma dernière rencontre du voyage, Sylvie, l’enthousiaste directrice artistique de Street art city, concluait avec un à propos sidérant ce voyage d’un an et demi : « Tout ce que nos sociétés sans prises de risque stérilisent, parce qu’il faut rester dans le moule, ne pas être trop original ou trop rêveur… Ici, on le crée, on bâtit tous les jours pour montrer que la vie, c’est ça : exprimer qui nous sommes, créer ce flux entre les uns et les autres, s’élever et être dans une autre dimension mais pas en rêve, non ! Pour de vrai ! »

 

Un voyage, un livre

Un road-trip à la française, optimiste, énergique, plein de belles rencontres et de jolis paysages. 
Le voyage à travers la diagonale du vide de Mathieu Mouillet a donné naissance à un livre auto-édité, écrit d’une plume alerte, qu’on vous recommande vivement. Des Ardennes au Pays basque, l’aventurier explore les endroits « où il n’y a rien à voir » et récolte les histoires ordinaires et extraordinaires de celles et ceux qui entretiennent avec leur territoire une relation particulière. 
Au fil des pages et des tranches de vie, on découvre une France fière et enthousiaste, consciente de ses trésors, fidèle à ses convictions, qui fait face aux problèmes sans baisser les bras. Cette énergie positive porte l’auteur tout au long de son aventure et participe à sa transformation intérieure. Quant au lecteur, la dernière page tournée, lorsque le souffle du voyage retombe, il n’a qu’une envie : partir redécouvrir le « plus beau pays du monde ». Mais hors des sentiers battus.

La Diagonale du vide, voyage exotique à travers la France, 
Mathieu Mouillet. 20 € (hors frais de port). Version numérique à 10 €.
Le livre est disponible sur le site de l’auteur : www.lesvoyagesdemat.com/diagonale-du-vide

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