Le poil hirsute, l’œil noir et la tête coiffée de cornes en forme de lyre, Fergus et Gribouille, surveillent les allées et venues des visiteurs. Derrière les deux bœufs Highlands cattle, un petit bataillon de poneys goûte l’herbe printanière dans un paysage de coteaux sauvages typique du Gers. Pas un bruit, si ce n’est le chant des oiseaux. À la veille du week-end, les gîtes sont prêts à accueillir des familles en quête de nature et des enfants impatients d’arpenter les chemins sur le dos d’un équidé. « L’équitation représente environ 12 % du chiffre d’affaires des gîtes, mais c’est un très bon « produit d’appel ». Nous accueillons aussi un public de randonneurs, des naturalistes, des ornithologues, des photographes… Ici, on recense une trentaine d’oiseaux, une quarantaine de papillons et des orchidées sauvages », avancent Marianne et Christian Vergez.
Le couple reçoit ce public varié dans son éco-logis d’Ensarnaut depuis maintenant douze ans. Auparavant, ils tenaient un poney club en Belgique – la patrie de Marianne – à un quart d’heure de Bruxelles. En 2005, ils décident de se rapprocher des Pyrénées – la terre de Christian – et partent en quête d’une propriété susceptible d’accueillir leur vingtaine de poneys. « Avec un technicien de la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural), nous avons visité sept domaines et sommes tombés sur cette ferme abandonnée qui comptait 70 hectares en zone Natura 2 000 », raconte Christian. Malgré quelques réticences liées à la superficie importante du domaine, le couple pose ses valises et ses équidés dans le Haut-Astarac. Pendant un an, il faut débroussailler, ouvrir des chemins, transformer les granges en deux gîtes d’une capacité totale de onze couchages, et ce en n’utilisant que des matériaux écologiques. « Nous sommes les premiers à avoir construit des gîtes avec assainissement par filtres plantés », souligne le Pyrénéen. Grâce à la vente de leur poney club belge, ils financent l’achat de la propriété et les travaux pour un montant total de 420 000 euros. Et le 1er juillet 2006, l’éco-logis d’Ensarnaut ouvre ses portes, sous le label Accueil paysan. « Nous avons été très bien accueillis. Pendant un mois, le maire passait quotidiennement pour voir si on avait besoin de quelque chose. Et le jour de l’inauguration, nos voisins sont venus à 7 h du matin nous aider à faire le ménage et monter les derniers meubles », se souvient Christian.
Onze ans plus tard, le succès de la petite entreprise des Vergez ne se dément pas. Il s’appuie sur leur clientèle belge (70 % des visiteurs), leur pédagogie équestre, mais aussi sur la nature préservée alentour et leur démarche écologique. « Nous faisons deux salons bio, dont un en Belgique. Nous avons une clientèle qui vient avec sa propre lessive bio, souligne Christian. Aux autres, nous faisons découvrir les techniques d’éco-rénovation. » Pour compléter leur offre, Marianne propose des cours de croquis au fil d’une balade naturaliste. Résultat : les gîtes sont occupés 26 semaines par an pour le plus petit et 17 semaines pour l’autre. « Au fil du temps, on s’est professionnalisé. Aujourd’hui nous vivons de notre activité. Mais surtout parce que nous n’avons pas contracté d’emprunt », conclut Christian.
Dans le monde des gîtes, Le profil du couple franco-belge reste néanmoins atypique. Rares sont ceux qui vivent de cette activité. « Le gîte est plus un complément de revenu. Seules les structures de groupe, et dans une moindre mesure les chambres d’hôtes, peuvent être envisagées comme des activités professionnelles », affirme Martine Chaligné, directrice adjointe de l’Afrat (Association pour la formation des ruraux aux activités de tourisme) qui organise des formations pour les créateurs de structures d’hébergement. Qu’on ne s’y trompe pas, le gîte n’est donc pas une poule aux œufs d’or. Selon Gîtes de France, la durée moyenne de location est de 16 semaines par an. Insuffisant pour entretenir une famille, à moins d’en posséder un village entier !
Avec un autre revenu dans le foyer, ou tout simplement pour valoriser un patrimoine immobilier, le gîte reste cependant une aventure viable et rentable. 

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